Du 4 au 29 mars 2026, Strasbourg accueille la 11e édition des Rencontres de l’Illustration. Expositions, ateliers, salon des indépendants, journées d’étude : pendant près d’un mois, les arts graphiques s’installent dans les musées, médiathèques et espaces publics de la ville et de l’Eurométropole. Le thème retenu cette année ? L’animal comme langage — une invitation à regarder autrement nos rapports au monde naturel, social et politique.

F’murrr à l’honneur au Musée Tomi Ungerer

La pièce maîtresse de cette édition se tient au Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration. Du 6 mars au 30 août 2026, le musée consacre à Richard Peyzaret dit F’murrr (1946–2018) sa plus grande exposition institutionnelle à ce jour. Connu du grand public grâce à la série Génie des Alpages et ses moutons philosophes perchés dans des montagnes aussi bucoliques qu’absurdes, F’murrr est présenté ici dans toute l’étendue de son œuvre : bande dessinée, illustration de presse, travaux pour des maisons d’édition et agences. Un regard dans les coulisses de sa création, rendu possible notamment par une dation acceptée par l’État français en 2020 — une première pour un dessinateur. Pour l’occasion, la dessinatrice marseillaise Camille Potte a réalisé des commentaires graphiques spécialement conçus pour l’exposition, tissant un dialogue entre l’héritage de F’murrr et la création contemporaine. Vernissage le 5 mars de 16h à 20h.

Des chiens, des loups et des bêtes dans les médiathèques

La thématique animalière irrigue l’ensemble de la programmation. À la Médiathèque André Malraux, l’exposition Bêtes de bibliothèque (du 3 mars au 25 avril) rassemble les œuvres de sept illustratrices — Julia Chausson, Fanny Ducassé, Fleur Oury, Clémence Pollet, Adèle Verlinden, Célia Housset et Marie Mirgaine — pour un regard tendre et foisonnant sur le monde animal en illustration jeunesse, en partenariat avec la Galerie Robillard.

Toujours à la Médiathèque André Malraux, le Centre de l’illustration présente La balade d’Oscar (du 3 au 28 mars) : un chien rouge romantique et rêveur, né d’une collaboration entre les illustratrices Charlotte Bresler et Anouck Constant, dont on découvre ici les œuvres originales, esquisses et premières recherches.

À la Médiathèque Neudorf – Artothèque, les enfants sont invités à explorer Walter Bibi et ses ami·es, une exposition jeunesse inspirée de l’album Bienvenue à Bibiville d’Éponine Cottey (Éditions 2042), où l’architecture imaginaire devient terrain de jeu — et l’amitié, fil conducteur.

Sur les quais et dans les galeries : le dessin dans l’espace public

Le festival Central Vapeur apporte sa programmation propre aux Rencontres. Sur le Quai des Bateliers, l’illustratrice italienne installée à Bruxelles Laura Simonati déploie La Fête des chiens en 20 affiches grand format, adaptant son album jeunesse publié par Versant Sud. Une promenade visuelle en plein air, du 4 au 29 mars.

À la Menuiserie Coop, un Dialogue de dessins oppose — et unit — Vincent Pianina et Violette Le Gendre autour d’un jeu structuraliste dont le chien est le personnage central. Une expérimentation aussi ludique que conceptuelle, à découvrir dès le vernissage du 4 mars.

La galerie La Chaufferie de la HEAR accueille quant à elle Hypercute : La « S » vs la HEAR, confrontation entre étudiants en illustration de la Haute école des arts du Rhin et artistes du centre d’art brut belge La « S » Grand Atelier de Vielsalm, du 6 au 29 mars.

Réflexion, débat, édition indépendante

Les Rencontres ne se limitent pas au visuel. Deux journées d’étude viennent nourrir la réflexion : le 13 mars à la HEAR, Des histoires à l’Histoire #2 interroge la place de l’illustration dans les représentations féministes, racisées et queer. Le 27 mars à l’Auditorium des Musées (MAMCS), une journée entière est consacrée à Relire F’murrr en 2026, rassemblant chercheurs, éditeurs et illustrateurs autour de l’héritage et des enjeux de réédition de l’auteur.

Les 28 et 29 mars, le Salon des indépendant·es investit le Garage Coop au Port du Rhin : vingt-cinq (micro)éditeurs et collectifs, de la bande dessinée au fanzine en passant par l’affiche sérigraphiée, pour un week-end dédié à la liberté de création dans toute sa diversité.

Une ville, un écosystème

Si la programmation est dense, elle s’appuie sur un tissu institutionnel exceptionnel : Musée Tomi Ungerer, MAMCS, Cabinet des Estampes et des Dessins, médiathèques de la Ville et de l’Eurométropole, HEAR, BNU, CEAAC, Central Vapeur, Éditions 2042… Strasbourg, désignée Capitale mondiale du livre par l’UNESCO pour 2024–2025, compte aujourd’hui quelque 400 artistes illustrateurs et illustratrices actifs sur son territoire, 40 maisons d’édition, 26 librairies indépendantes et 59 bibliothèques. Les Rencontres de l’Illustration, qui rassemblent chaque année plus de 35 000 personnes, en sont l’expression la plus directe et la plus accessible.

La programmation complète