À quelques jours du premier tour des municipales de Strasbourg, un constat s’impose, amer : LFI n’est pas là pour dénoncer le bilan de Jeanne Barseghian. Pas sur les scandales, pas sur les mensonges, pas sur le mépris des quartiers populaires. Le vide est total — et il n’est pas accidentel.
LFI avait un rôle. Il ne l’a pas joué.
La gauche de rupture avait une cible évidente : une maire sortante au bilan lourd, aux affaires multiples, aux contradictions criantes. Sur l’affaire Polesi, les faits sont établis : informée dès 2023 de signalements de violences sexuelles impliquant son adjoint, Barseghian, selon le piquet féministe, a couvert, menti en conseil municipal en direct, intimidé les élus qui demandaient une enquête et laissé des victimes sous pression pendant deux ans.
Ce n’est pas un cas isolé. C’est un mode de gouvernance. Des administrés, des élus, des habitants des quartiers populaires auraient rapporté mépris, intimidations et violence institutionnelle de la part de la maire et de son équipe. Un rapport au pouvoir directif, autoritaire, peu soucieux de concertation réelle avec la population. Des méthodes politiques qu’on attribue généralement à l’extrême droite.
Dans l’affaire Nacéra, l’intéressée a elle-même déclaré à Franceinfo ne pas avoir donné son autorisation pour être affichée partout dans la ville. Elle n’a reçu aucune excuse publique de la maire, alors que cette manœuvre lui a valu un déferlement de racisme.
La maire a elle-même demandé l’évacuation du campement de Krimmeri sans aucune solution de relogement, laissant des familles — des enfants — à la rue dans le froid strasbourgeois, pour ensuite s’en offusquer et dénoncer l’évacuation qu’elle avait elle-même réclamée.
Les forains n’ont pas vu revenir la foire populaire estivale, annulée plusieurs années de suite, le lieu historique de la foire ayant été vendu à des promoteurs.
Des dépenses inconsidérées ont ponctué la mandature : plusieurs centaines de milliers d’euros pour des structures ponctuelles, un demi-million pour faire oublier l’échec du tram Nord, le tout pendant qu’on annonçait simultanément la hausse des tarifs des transports en commun et celle du stationnement.
La Chambre régionale des comptes a tiré la sonnette d’alarme sur l’explosion de la dette.
Sans parler des contradictions politiques de la maire elle-même. Barseghian aime à se présenter aujourd’hui comme un soutien fort du peuple palestinien. On oublie volontiers qu’elle avait hissé le drapeau israélien sur la mairie en plein génocide et qu’elle avait refusé de rejoindre les journées d’été de son propre groupe politique, estimant que le chanteur Médine avait une position trop ambiguë sur l’antisémitisme, nourrissant ainsi les polémiques d’extrême droite.
Autant de sujets sur lesquels une vraie gauche de rupture aurait dû marteler, semaine après semaine, l’incurie de la majorité sortante. LFI n’a rien dit.

Parce que l’alliance était déjà décidée.
Ce silence n’est pas un oubli. C’est une stratégie. Dès le porte-à-porte dans les quartiers, des colistiers LFI expliquaient déjà à qui voulait l’entendre qu’il faudrait s’allier avec les Verts au second tour.
Attaquer Barseghian frontalement pendant la campagne aurait rendu ce rapprochement impossible à justifier. En se taisant, LFI s’est ménagé une porte de sortie — et a transformé sa liste en réservoir de voix pour la maire sortante. C’est ce que signifie concrètement être le « deuxième bulletin » de quelqu’un : ne pas représenter une alternative, mais gonfler un score pour peser dans une négociation dont l’issue est déjà écrite.
L’argument antifasciste ne tient pas.
LFI justifie cette stratégie au nom du front antifasciste. Mais la principale cible de ce « front » est Catherine Trautmann et le PS — un parti qui n’a pas d’historique fasciste. Surtout, Barseghian elle-même compte des socialistes dans son groupe.
On voit mal comment une alliance LFI-EELV constituerait un rempart contre le PS quand la candidate qu’elle soutient s’appuie déjà sur lui. L’habillage idéologique est creux.
Car derrière, le calcul est plus prosaïque : en s’alliant avec les Verts au second tour, LFI espère peser dans la future majorité et obtenir des élus au conseil municipal. Une logique de positionnement électoraliste — pas de conviction politique.

Un programme qui dit tout.
Le renoncement se lit aussi dans le programme. LFI propose un programme très compatible avec celui des Verts, sans jamais vraiment aller plus loin. Là où LFI défend dans d’autres villes la gratuité totale des transports publics, à Strasbourg la liste s’aligne sur ce que proposent déjà les Verts — ni plus, ni moins.
À quoi ça sert, alors ?
C’est la question que les électeurs strasbourgeois de gauche doivent se poser avant d’entrer dans l’isoloir. En votant pour une liste qui a déjà décidé de rejoindre Barseghian, qui a renoncé à la critiquer sur l’essentiel, et qui justifie cette capitulation par un antifascisme de façade — vote-t-on pour changer quelque chose ? Ou vote-t-on, sans le savoir, pour reconduire exactement ce qu’on voulait sanctionner ?
