À quelques jours du premier tour des municipales, le 15 mars 2026, la fédération socialiste du Bas-Rhin a frappé fort. Édouard Steegmann, Coline Trautmann, Angélique Lemoine et Victor Gasia — tous quatre présents sur la liste de Jeanne Barseghian (Les Écologistes) — ont officiellement été exclus du Parti socialiste, « avec effet immédiat ».
C’est Thierry Sother, député de la 3e circonscription du Bas-Rhin et codirecteur de campagne de Catherine Trautmann, qui leur a notifié la sanction. Motif invoqué : l’article 4.3.4 des statuts du PS, qui autorise le Bureau fédéral à « suspendre un adhérent à titre conservatoire, en cas d’urgence ou de nécessité ». Le message est clair : rejoindre le camp écologiste en pleine bataille municipale strasbourgeoise, c’est trahir la ligne du parti.
Une sanction ciblée qui soulève une question gênante
Sauf que voilà : parmi les soutiens affichés de Jeanne Barseghian figure un nom autrement plus encombrant — Philippe Bies. Lui préside le comité de soutien de la maire sortante. Lui aussi est membre du PS, et ce depuis près de quarante ans.
Résultat ? Aucune exclusion. Aucune suspension. Pas même un communiqué.
L’écart de traitement est difficile à ignorer. D’un côté, quatre militants sans poids institutionnel particulier, sanctionnés en quelques jours. De l’autre, un ancien élu de premier plan — conseiller général, adjoint au maire sous Roland Ries, vice-président de la CUS, député de la 2e circonscription du Bas-Rhin de 2012 à 2017 — qui soutient publiquement la liste adverse sans qu’il ne se passe rien.

Philippe Bies, un poids lourd du PS strasbourgeois difficile à sanctionner
Le parcours de Philippe Bies dans l’appareil socialiste strasbourgeois est long et dense. Premier secrétaire de la fédération PS du Bas-Rhin entre 2000 et 2003, il a occupé des fonctions exécutives majeures pendant près de deux décennies. Il a notamment présidé les conseils d’administration de CUS Habitat et d’Habitation moderne, deux bailleurs sociaux gérant ensemble près de 30 000 logements sociaux sur le territoire strasbourgeois — une position qui avait d’ailleurs suscité, en son temps, une controverse interne au PS sur le cumul des responsabilités.
Autant dire qu’il n’est pas un inconnu dans les réseaux socialistes locaux, ni un profil facile à mettre au ban sans remous.

Une cohérence disciplinaire à géométrie variable
La question qui se pose n’est pas anodine, à quelques jours d’un scrutin serré : le PS applique-t-il ses propres règles de manière uniforme ? Ou la notoriété d’un militant, ses réseaux, son histoire dans le parti constituent-ils une protection de facto contre toute sanction ?
La fédération du Bas-Rhin n’a pas communiqué publiquement sur le cas Bies. Ce silence, dans un contexte de campagne tendue entre la liste Trautmann et la liste Barseghian, parle peut-être plus que n’importe quel communiqué.
