Ce dimanche 8 mars à 18h15, le candidat LR aux municipales 2026 Jean-Philippe Vetter ouvre les portes du Café Brant, 11 place de l’Université, pour un moment d’échange public avec Shannon Seban. L’entrée est libre. Le ton voulu : simple, direct, ancré dans les valeurs républicaines. Mais qui est vraiment cette femme que Vetter présente comme « jeune, engagée et brillante » ?
Un parcours politique atypique, entre macronisme et droite dure
Shannon Seban n’est pas une inconnue du monde politique français, même si son nom reste peu familier au grand public strasbourgeois. Adhérente de Renaissance (ex-LREM) depuis 2017, elle en a présidé la fédération de Seine-Saint-Denis en 2023 et siégé à son bureau exécutif. Parallèlement, elle est élue municipale d’opposition à Rosny-sous-Bois depuis 2020, sur une liste LR conduite par Claude Capillon mais aussi cheffe de cabinet de Brigitte Klinkert pendant 2 mois en 2020.
Fin 2025, rupture nette : elle quitte la majorité présidentielle pour rejoindre Les Républicains. Elle justifie ce virage par une critique de « la banalisation de l’antisémitisme » et du « recul des valeurs républicaines » au sein de la macronie, et se positionne désormais sur une ligne ferme — laïcité, sécurité, souveraineté européenne.
Son engagement politique s’est également traduit par plusieurs candidatures nationales, sans succès jusqu’ici. Aux législatives 2022, elle se présente dans la 4e circonscription de la Loire et obtient 16,84 % au premier tour, sans se qualifier. En 2024, elle tente sa chance dans la 10e du Val-de-Marne face à Mathilde Panot (LFI) : elle termine deuxième au premier tour avec 24,25 %, mais s’incline au second avec 43,97 % pour son adversaire. Elle figurait également sur la liste Renaissance de Valérie Hayer aux européennes 2024 (25e place), une liste qui réalise environ 14 % au niveau national — sans l’emmener au Parlement.

Un livre et des polémiques télévisées
Shannon Seban est également auteure d’un ouvrage intitulé Française, juive, et alors ?, dans lequel elle aborde son identité, l’antisémitisme et l’engagement républicain. Ce livre l’a propulsée sur plusieurs plateaux médiatiques, non sans remous. Sur CNews, face à Pascal Praud et Charlotte d’Ornellas, l’accueil a été pour le moins rude : Praud qualifie le livre de « bouillie », une passe d’armes qui dégénère en échange vif sur l’antisémitisme, le RN et LFI.
Plus virulente encore, la charge venue de Tribune Juive : un article l’accuse d’« instrumentaliser » la Shoah et la mémoire juive, sur un ton particulièrement agressif — la qualifiant notamment d’« inculte » ou de « nouille ». La publication déclenche des réactions au sein de la communauté juive engagée, moins sur le fond que sur la forme : beaucoup s’interrogent sur la violence des attaques entre personnalités juives dans le débat public.
Ces controverses alimentent des questions légitimes : quelle est la réelle légitimité de Shannon Seban sur les sujets qu’elle porte, et au-delà du militantisme affiché, quelle est la profondeur de son ancrage dans les réalités du terrain ?
Ce que son invitation à Strasbourg dit de la campagne Vetter
En choisissant Shannon Seban pour ce rendez-vous public de campagne au Café Brant, Jean-Philippe Vetter envoie un signal clair : il entend incarner une droite républicaine, ferme sur l’identité et les valeurs, distincte du RN tout en se démarquant nettement de la gauche strasbourgeoise au pouvoir. L’invitation d’une figure nationale — même contestée — donne une résonance médiatique à un moment de campagne qui aurait pu rester confidentiel.
Reste à voir si les Strasbourgeois présents place de l’Université ce dimanche soir auront les mêmes questions que celles qui agitent les milieux parisiens depuis la sortie du livre.
