Pour célébrer le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la mairie de Strasbourg a prévu grand : une grande fête avec DJ, ambiance festive et rassemblement populaire. Une célébration joyeuse, loin de toute remise en question. C’est dans ce contexte que Jeanne Barseghian continue d’incarner le féminisme municipal — elle qui avait promis, depuis son élection en 2020, d’être non seulement une femme maire, mais une maire féministe.
Pourtant, derrière cet affichage, des faits accablants ont été reconstitués par le collectif Piquet féministe. Dès 2023, la maire aurait été informée des premiers signalements de violences sexistes et sexuelles (VSS) impliquant Hervé Polesi, alors adjoint municipal. Aucune enquête interne n’aurait été diligentée. Pire : les élus qui en faisaient la demande répétée auraient subi des pressions, allant selon le collectif du simple recadrage à des intimidations et des menaces.
En 2024, malgré ces signalements, Jeanne Barseghian renouvelle publiquement sa confiance à Polesi et lui confie même une nouvelle délégation — une décision qui, selon le Piquet féministe, aurait renforcé le sentiment d’abandon des victimes. Ce n’est qu’en 2025, lorsque l’affaire éclate publiquement dans la presse à la suite de nouvelles accusations dans le cadre universitaire, que la maire se retrouve acculée. En plein conseil municipal, elle affirme n’avoir jamais été informée de signalements internes. C’est un mensonge : dès le lendemain, elle sera contrainte de reconnaître qu’elle en avait connaissance depuis deux ans.

Ce comportement fait directement écho à ce qui s’est passé lors de la campagne municipale de 2020. Mathieu Cahn (PS), alors tête de liste, avait dû quitter la campagne électorale après que le PS national lui avait retiré son investiture, estimant que ses activités personnelles passées n’étaient pas compatibles avec les valeurs féministes défendues.
Jeanne Barseghian, qui avait bénéficié de cette exigence féministe pour accéder au pouvoir, n’a pas seulement manqué de réactivité face à ces VSS : selon les éléments rendus publics, elle aurait minimisé les faits, exercé des pressions sur ceux qui alertaient, redonner sa confiance publiquement ainsi que plus de responsabilités à son allié auteur de VSS, menti en conseil municipal sur ce qu’elle savait, puis été contrainte de se rétracter le lendemain. Le tout en se réclamant du féminisme.
Dans ce contexte, le silence d’EELV est frappant. Le PS, en 2020, avait au moins posé un acte public et visible : retirer son investiture à Mathieu Cahn, sous pression nationale, au nom des valeurs féministes du parti. On peut discuter de la cohérence de ce choix — d’autant que six ans plus tard, le même PS a réintégré Cahn sur sa liste. Mais il y a eu une sanction, assumée, documentée.
EELV, lui, n’a même pas franchi cette première étape. Aucune enquête interne, aucune mise à distance publique, aucune prise de position.Au contraire. Barseghian reste en tête de liste, toujours présentée comme l’incarnation du féminisme local, pendant que les victimes attendent. Là où le PS avait au moins posé un acte, les écologistes n’ont pas même jugé utile de faire semblant.

En outre, comme le souligne le Piquet féministe, les associations féministes qui avaient soutenu Barseghian lors des municipales de 2020 — et qui s’étaient alors fortement mobilisées pour l’éviction de Mathieu Cahn — gardent aujourd’hui un silence remarquable. Le collectif leur pose la question directement : est-il acceptable de se proclamer féministe à coups d’étendard tout en laissant s’organiser l’impunité dans ses propres rangs ?
Ce silence soulève des interrogations légitimes sur la sincérité de leurs engagements, voire sur d’éventuelles considérations politiques. Les victimes — agentes, étudiantes et élues — n’ont reçu aucun soutien de ces associations ; elles semblent avoir été abandonnées au nom d’intérêts partisans.
Pendant ce temps, Jeanne Barseghian continue de se revendiquer féministe et prépare sa grande fête du 8 mars. Alors que le DJ jouera et que la foule dansera, des victimes attendent toujours que leur parole soit entendue, et des élues et élus qui ont osé alerter ont payé le prix fort. C’est peut-être ça, le vrai bilan féministe de ce mandat
