Le 3 mars 2026, les DNA, Sciences Po Strasbourg et le Cuej organisaient leur grand débat des municipales. Cinq têtes de liste y étaient conviées : Jeanne Barseghian (Les Écologistes), Pierre Jakubowicz (Horizons), Florian Kobryn (LFI), Catherine Trautmann (PS) et Jean-Philippe Vetter (LR). Un plateau représentatif ? Pas vraiment. Strasbourg compte cette année 13 listes officielles validées par la préfecture — un record historique en France ( avec Montpellier ). Les huit autres candidats, eux, n’ont pas été invités.

Les critères de sélection : une question sans réponse claire

Cette pratique n’est pas nouvelle. En 2020, le même format avait réuni sept candidats sur onze listes en lice. Et déjà, des absences faisaient débat. Kevin Loquais (Strasbourg En Commun) n’avait pas été convié, et pourtant il avait obtenu 2,99 % des voix au premier tour — devant Chantal Cutajar (Citoyens engagés, 2,17 %), elle présente au débat. La logique de sélection reste opaque : ni les DNA ni Sciences Po Strasbourg n’ont rendu publics des critères formels et transparents. Sondages ? Notoriété ? Représentativité politique ? Le flou persiste.

Le même angle mort sur la diversité

Ce débat sur la visibilité n’est pas isolé. StrasInfo l’avait déjà documenté en janvier 2026 : lors de la publication d’une illustration des DNA représentant les candidats aux municipales, Mohamed Sylla, Cem Yoldas et Fahad Raja Muhammad — trois candidats issus de la diversité, déjà victimes de commentaires racistes en ligne — n’y figuraient pas. Sept visages, tous blancs, pour représenter la course électorale strasbourgeoise. Le même mécanisme à l’œuvre : qui décide de la visibilité ? Selon quels critères ? Et avec quelles conséquences pour la démocratie locale ? Le débat du 3 mars reproduit le même schéma : aucun de ces candidats n’a été invité.

La soirée du 3 mars : un débat sous tension

Le débat s’est finalement tenu dans un contexte particulier. La veille, une trentaine d’étudiants du collectif IEP Strasbourg en lutte avaient érigé barrières et poubelles devant le Cardo, bâtiment de Sciences Po, pour s’opposer à la présence de la candidate RN Virginie Joron — pourtant invitée — qui a finalement renoncé à participer. Les échanges ont porté sur quatre thèmes : culture, solidarité, mobilités et démocratie locale, avec des conclusions vers 21h.

Strasbourg face à ses contradictions démocratiques

Ville symbole du vivre-ensemble, capitale des droits de l’homme, Strasbourg se retrouve une fois de plus confrontée à ses propres contradictions. Qui a le droit d’entrer dans le débat public ? Les grands médias locaux ont un rôle structurant dans la campagne — et donc une responsabilité. Choisir qui monte sur scène, c’est aussi, parfois sans le vouloir, décider qui existe politiquement.