Le compte à rebours est lancé. Le 7 avril 2026, l’Assemblée nationale votera sur une proposition de loi qui pourrait changer la carte administrative de la France : faire sortir l’Alsace du Grand Est pour lui redonner une existence institutionnelle propre. Une ambition portée depuis des années par les élus alsaciens, qui franchit cette fois une étape décisive.

Une proposition de loi transpartisane pour réécrire la carte administrative

Déposée en septembre 2025 par les députés Olivier Becht et Françoise Buffet, la proposition de loi réunit 87 signataires issus de plusieurs groupes politiques. Son objectif : transformer la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), qui regroupe depuis 2021 le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, en une collectivité à statut particulier dotée à la fois des compétences d’une région et d’un département. En clair, un seul échelon pour gouverner l’Alsace, sans passer par Metz ou Nancy.

Le texte, inscrit à l’ordre du jour le 24 février 2026, s’inspire du modèle corse. Pas d’indépendance, mais une autonomie administrative renforcée et une reconnaissance officielle des spécificités alsaciennes : histoire transfrontalière, bilinguisme franco-allemand, poids de l’Eurométropole de Strasbourg dans l’espace rhénan.

Strasbourg et le Bas-Rhin au cœur d’un projet d’efficacité publique

Parmi les arguments avancés, l’économique est le plus concret. La simplification du « millefeuille administratif » générerait entre 80 et 100 millions d’euros d’économies annuelles, selon les porteurs du texte. En fusionnant les compétences régionales et départementales en une seule entité, l’objectif est de rapprocher les décisions des territoires et d’alléger une gouvernance perçue comme trop éloignée depuis la fusion de 2016.

Pour Strasbourg, capitale régionale du Grand Est mais aussi siège du Parlement européen, l’enjeu dépasse la simple réorganisation administrative. Il s’agit de donner à l’Alsace un cadre institutionnel cohérent avec son rôle de territoire transfrontalier majeur.

Un soutien populaire et politique large, une opposition discrète

Les sondages sont éloquents : plus de 75 % des Alsaciens se déclarent favorables à une sortie du Grand Est. Du côté des élus, Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace, soutient la démarche, tout comme une majorité d’élus locaux, toutes tendances confondues.

L’opposition reste discrète mais réelle. Le Grand Est, dont Strasbourg est administrativement la capitale, n’a pas intérêt à se voir amputer de son territoire le plus peuplé et le plus riche. Et sans soutien gouvernemental explicite — le texte est une initiative parlementaire —, rien n’est acquis.

Le 7 avril, une date à surveiller pour tous les Alsaciens

Si la proposition est adoptée, l’Alsace deviendrait la deuxième collectivité à statut particulier de France métropolitaine, après la Corse. Une réforme qui prendrait du temps à entrer en vigueur, mais qui marquerait une rupture symbolique et institutionnelle forte avec la réforme territoriale de 2016.

Que l’on soit pour ou contre, le vote du 7 avril sera scruté de près dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, et bien sûr à Strasbourg. Une page de l’histoire administrative de l’Alsace pourrait être en train de se tourner.