Douze jours après la cavalcade de Mothern et la polémique suscitée par certains déguisements jugés racistes, le dossier prend une nouvelle dimension. Le parquet de Strasbourg a officiellement annoncé, ce vendredi 27 février, l’ouverture d’une enquête pour injures à caractère racial. Ce qui relevait encore du débat citoyen passe désormais entre les mains de la justice.


Ce qui s’est passé le 15 février à Mothern, dans le Bas-Rhin

Pour rappel, lors de la cavalcade annuelle de ce village du nord de l’Alsace, situé à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg, plusieurs participants ont attiré l’attention — et l’indignation — de nombreux spectateurs. Nous vous en parlions dès le 21 février dans un premier article, un char intitulé « Banana Gang » mettait en scène des personnages en costume de banane portant des masques imitant des visages noirs. D’autres individus défilaient en boubous colorés, le visage dissimulé derrière des masques aux traits caricaturaux de personnes noires.

Des clichés ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, entraînant un flot de réactions bien au-delà du Bas-Rhin. La Licra et SOS Racisme ont été parmi les premières organisations à hausser le ton publiquement, dénonçant des représentations qu’elles qualifient de négrophobes, ancrées dans un imaginaire colonial que beaucoup pensaient révolu.


La fracture du débat : tradition contre évolution

Comme souvent dans ce type d’affaire, deux camps se sont rapidement formés. D’un côté, des défenseurs d’une tradition carnavalesque qu’ils estiment immuable, brandissant l’argument du « politiquement correct » pour rejeter toute remise en question. De l’autre, des voix — de plus en plus nombreuses — qui rappellent qu’une tradition n’est pas figée, et que sa pérennité passe précisément par sa capacité à évoluer avec la société.

Ce débat, vif sur les réseaux sociaux, dépasse largement les frontières de Mothern. Il touche à une question que les carnavals alsaciens — à Strasbourg, Haguenau, Lauterbourg ou ailleurs dans le Bas-Rhin — ne peuvent plus esquiver : quelles limites s’imposer pour que la fête reste inclusive et ne blesse pas une partie de la population ?


Ce que l’enquête du parquet de Strasbourg change concrètement

L’ouverture d’une procédure judiciaire marque un tournant. Ce n’est plus seulement une question de ressenti ou de sensibilité : les faits vont désormais être évalués au regard du droit. Le chef retenu — injures à caractère racial — est un délit prévu par la loi française, passible de sanctions pénales.

Pour les organisateurs et participants de carnavals dans le Bas-Rhin, le signal est clair : certains déguisements peuvent avoir des conséquences juridiques. Pour les associations antiracistes, cette enquête représente une reconnaissance institutionnelle que ces représentations ne sont pas anodines.

L’issue de cette procédure sera scrutée de près, bien au-delà de l’Alsace.