Ce n’est pas un scénario de série télévisée. C’est une enquête bien réelle, menée à Strasbourg, qui vient d’aboutir à la mise en examen d’un couple opérant depuis des années dans la région. Le parquet de Strasbourg l’a confirmé jeudi 26 février : la femme, figure centrale de cette affaire, a été placée en détention. Son mari, infirmier de profession, est quant à lui sous contrôle judiciaire strict.
Les chefs d’inculpation sont lourds : blanchiment, travail dissimulé, et abus frauduleux de l’état de sujétion psychologique dans un contexte sectaire. Une formulation juridique qui, derrière sa technicité, recouvre des réalités humaines particulièrement graves.
Méditation bouddhiste, pouvoirs surnaturels… et aucune formation
Tout commençait en apparence de façon banale : un site internet, des promesses de bien-être, une image soignée de thérapeute spécialisée en méditation bouddhiste. La femme se présentait comme experte en « thérapie du centre » et en tarot de Marseille, proposant des séances payantes de « communication sensorielle et émotionnelle« , le plus souvent en visioconférence.
Problème : elle ne disposait d’aucune formation. Et selon le parquet, une partie de la « légende » qu’elle construisait autour d’elle — incluant des prétendus pouvoirs surnaturels — relevait purement de l’affabulation.
Ce type de profil est précisément celui que les autorités et associations de lutte contre les dérives sectaires alertent depuis des années : des praticiens autoproclamés, sans cadre légal, qui exploitent la vulnérabilité de personnes en recherche de sens ou en souffrance.

L’emprise, étape par étape
Ce qui distingue cette affaire d’une simple escroquerie, c’est la mécanique d’emprise documentée par l’enquête. Après un premier contact via le site du couple, la relation évoluait rapidement vers quelque chose de beaucoup plus intrusif.
La mise en examinée investissait progressivement la sphère privée de ses patients, les isolant peu à peu de leurs proches — famille, amis. Un cercle rapproché d’adeptes, désigné sous le terme « sangha » (emprunté au vocabulaire bouddhiste), se formait autour d’elle. Ces fidèles ne se contentaient pas de la rémunérer pour ses séances : ils faisaient ses courses, son ménage, ses repas, lui offraient des cadeaux.
Le parquet est direct dans son analyse : « ces pratiques d’emprise lui ont permis de s’enrichir tandis que certains de ses adeptes ont été ruinés. »
Une enquête déclenchée par trois plaintes, 300 000 € saisis
C’est en septembre 2024 que l’enquête a été ouverte, après le dépôt de trois plaintes. Elle a été confiée à la brigade criminelle du commissariat de Strasbourg, en lien avec le groupe interministériel de recherches (GIR). Les investigations ont conduit à la mise en examen du couple le 12 février 2025.
Au moment des mises en cause, 300 000 euros ont été saisis sur leurs comptes bancaires. Le mari, en raison de sa profession d’infirmier, s’est vu interdire tout contact avec les victimes, mais aussi toute pratique de soins dits « énergétiques« .
Le parquet souligne que « les expertises des premiers plaignants démontrent clairement un phénomène d’emprise psychologique typique d’un fonctionnement sectaire » et que les investigations se poursuivent pour identifier d’éventuelles autres victimes dans la région.

Ce que cette affaire dit de notre époque
Cette affaire strasbourgeoise n’est pas un cas isolé. Elle illustre une tendance de fond : la multiplication des offres de « bien-être » non réglementées, amplifiée par internet et les réseaux sociaux, qui peut ouvrir la porte à des dérives graves. Le Bas-Rhin, comme partout ailleurs, n’est pas à l’abri.
Si vous ou un proche avez été en contact avec ce type de praticien autoproclamé et ressentez le besoin d’en parler, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) dispose d’une ligne d’écoute et de conseil.
