À quelques semaines des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, Strasbourg perd l’une de ses listes candidates. Cem Yoldas, tête de liste du collectif « Strasbourg c’est nous ! », a annoncé lors d’une conférence de presse à la Maison des associations qu’il renonçait à déposer sa liste en préfecture. Une décision radicale, après plus de quatre mois de campagne active et la présentation, mi-février, d’un programme de 500 mesures.


Des menaces concrètes contre les colistiers

Le motif avancé est sans ambiguïté : la responsabilité, pas la peur. « Ce n’est pas la peur qui nous pousse à prendre cette décision mais la responsabilité », écrit Yoldas sur Facebook, convoquant la mémoire du résistant alsacien Georges Wodli, entré dans les locaux de la Gestapo rue Sellenick en 1943. Une référence historique forte pour situer le niveau de gravité qu’il perçoit dans la situation actuelle.

Sa liste devait rassembler 67 citoyennes et citoyens de tous horizons : salariés du privé et du public, retraités, indépendants, militants ou simples habitants souhaitant que « la liberté et l’égalité soient effectives ». Des profils variés, mais parmi eux « un nombre important de personnes pouvant être visées par la violence de l’extrême droite ». Éducateur en prévention spécialisée au Neuhof et ancien porte-parole de la Jeune Garde antifasciste à Strasbourg, Cem Yoldas est lui-même une cible régulière, notamment de l’eurodéputée RN Virginie Joron, dont il dénonce les attaques comme racistes et islamophobes, et contre laquelle il annonce le dépôt d’une plainte.


Quatre mois de campagne réduits à néant

Lancé officiellement le 20 octobre 2025, le collectif « Strasbourg c’est nous ! » avait officialisé Cem Yoldas comme tête de liste lors d’une conférence de presse au Café Libro début novembre. La liste, soutenue par le NPA et plusieurs réseaux militants dont « D’ailleurs nous sommes d’ici », portait un programme résolument à gauche : gratuité totale des transports dans l’Eurométropole de Strasbourg, plafonnement des loyers, désarmement de la police municipale, gratuité des cantines scolaires et crèches supplémentaires. Un document de 50 pages présenté le 18 février 2026 — à peine une semaine avant l’annonce du retrait. « Nous avons mené une belle campagne avec peu de moyens. Nous avons prouvé que cette force existe », écrit-il malgré tout.


Une « faillite pour la démocratie »

Cem Yoldas choisit ses mots avec soin. Il cite Albert Camus : « l’humanité commence dans cette seconde où l’on accepte de perdre une occasion historique plutôt que de se perdre soi-même. » Pour lui, le retrait n’est pas une capitulation, mais un choix éthique assumé. Il n’en reste pas moins lucide : « C’est un échec, une faillite pour notre démocratie, que notre liste ne puisse aller au bout. »

Il interpelle publiquement les autres candidats aux municipales strasbourgeoises, leur demandant de se prononcer sur le climat qui l’a conduit à renoncer, estimant que leur silence « dira quelque chose de notre pays ».


Le collectif promet de continuer hors des urnes

La page électorale se tourne, mais Cem Yoldas est clair : « Nous n’allons pas nous arrêter là, il y aura d’autres échéances électorales et nous incarnerons l’opposition en dehors du conseil municipal. » La gratuité des transports dans l’Eurométropole, la lutte contre la précarité dans les quartiers comme le Neuhof, les combats antiracistes et féministes resteront au cœur de leur mobilisation — dans la rue et dans le débat public strasbourgeois.