Ce mercredi 18 février, restaurant / bar du Romulus à Strasbourg était comble. Florian Kobryn, candidat aux prochaines élections municipales, y présentait publiquement et pour la première fois l’intégralité de son programme : 400 mesures, élaborées sur plusieurs mois à partir d’un travail interne et de deux « Parlements Populaires » organisés dans des quartiers populaires de la ville.

Pendant plusieurs heures, entouré de membres de son équipe, le candidat a déroulé une feuille de route ambitieuse, structurée, et résolument politique. Un programme qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, mais qui pose des fondations claires sur des enjeux bien réels à Strasbourg : logement, tourisme, démocratie locale, services publics, discriminations. Voici ce qu’il faut retenir.


« Strasbourg fière » et « Strasbourg solidaire » : les deux piliers d’un projet municipal global

Le programme de Florian Kobryn s’articule autour de deux grands axes complémentaires : « Strasbourg fière » et « Strasbourg solidaire ». Une architecture volontairement duale, qui entend conjuguer identité locale, exigence démocratique et justice sociale.

D’un côté, une ville qui assume son histoire, son rôle de capitale européenne et ses institutions. De l’autre, une collectivité qui répond aux urgences du quotidien : l’accès au logement, la lutte contre les discriminations, la régulation du tourisme de masse, la qualité des services publics. Les 400 mesures déclinent ces deux ambitions dans tous les domaines de la compétence municipale, du CCAS à la police municipale, de l’urbanisme à l’alimentation.


Lutte contre les discriminations à Strasbourg : formation, institutions et dépôt de plainte

C’est l’un des chapitres les plus étoffés du programme. Florian Kobryn entend faire de Strasbourg une ville exemplaire en matière d’égalité, aussi bien en interne qu’à l’échelle de la cité.

Au sein de la collectivité, plusieurs mesures sont annoncées : des cycles de formation antiraciste, féministe et antivalidiste pour les agents (CCAS, police municipale, services administratifs), l’anonymisation des CV dans les recrutements municipaux, un plan de lutte contre le harcèlement sexuel au travail et un plan pluriannuel d’accessibilité des locaux. L’écriture inclusive serait utilisée de manière systématique dans les communications municipales.

À l’échelle de la ville, le programme prévoit la création d’un Office municipal contre les discriminations et d’un Observatoire communal contre le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme. Le soutien aux associations spécialisées serait renforcé. Point notable : le maire s’engagerait à se constituer partie civile lors de dépôts de plainte pour faits racistes ou sexistes, une mesure symboliquement forte. Des propositions spécifiques concernent également la lutte contre les LGBTIphobies, le validisme et les violences faites aux femmes.


Crise du logement à Strasbourg : 30 000 demandes, 3 600 attributions — et un Airbnb dans le viseur

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, Strasbourg comptait 30 000 demandes de logements sociaux pour seulement 3 600 attributions. Une tension immobilière que le programme de Kobryn entend affronter directement, notamment en s’attaquant aux meublés touristiques.

La location de résidences principales via des plateformes comme Airbnb serait limitée à 90 jours par an, assortie de contrôles renforcés et de sanctions pouvant atteindre 20 000 € en cas de fausse déclaration. Les plateformes seraient intégrées dans un dispositif de transmission de données. Les copropriétés seraient systématiquement informées de leurs droits pour interdire les meublés touristiques dans leurs immeubles. Les excédents d’amendes seraient réinjectés dans la politique du logement.

Plus globalement, le candidat entend mobiliser le droit de préemption, le Plan Local d’Urbanisme (PLU) et des critères renforcés dans les marchés publics pour peser sur le marché immobilier privé.


Marché de Noël de Strasbourg, croisières, autocars : la ville reprend la main sur le tourisme

Strasbourg est l’une des villes les plus visitées de France, et cela se fait parfois au détriment de ses habitants. Le programme en prend acte : avec près d’un million de nuitées via plateformes et 1 500 escales de croisières chaque année, la pression touristique est réelle.

Les propositions sont concrètes : péage pour les autocars touristiques, limitation des croisières fluviales à la demi-journée, régulation des « free tours », et organisation des flux pour éviter la saturation de l’hypercentre.

Le marché de Noël de Strasbourg, qui a accueilli 3,4 millions de visiteurs en 2024, est lui aussi dans le viseur. Florian Kobryn propose un accès payant le week-end pour les personnes extérieures à l’Eurométropole, la fin de la marque « Capitale de Noël », une décentralisation du marché dans d’autres quartiers de la ville, et le développement d’un marché OFF. L’objectif affiché : préserver la qualité de vie des Strasbourgeois sans renoncer à l’attractivité de la ville.


Démocratie locale : référendum citoyen, révocabilité des élus et budget participatif dans les quartiers prioritaires

La réforme des pratiques démocratiques est un axe transversal du programme. Florian Kobryn veut redonner du pouvoir aux habitants — et encadrer celui des élus.

Parmi les mesures phares : l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne local accessible à partir de 10 % du corps électoral, une charte d’exemplarité des élus, le plafonnement des indemnités à trois fois le salaire municipal le plus bas, et la publication des rendez-vous liés au mandat. Les conseils de quartier seraient ouverts par tirage au sort, avec l’intégration des résidents étrangers et des jeunes dès 16 ans. Le budget participatif serait intégralement réservé aux quartiers prioritaires.

La transparence est également au cœur du dispositif : OpenData, publication des indemnités, accessibilité des documents municipaux. Un programme qui mise sur la lisibilité et l’accountability pour restaurer la confiance.


Police municipale : désescalade, récépissé et moratoire sur la vidéosurveillance

Sur les questions de sécurité et de tranquillité publique, Florian Kobryn se démarque des positionnements sécuritaires classiques. Il défend une police municipale de proximité, formée à la désescalade, et refuse l’armement létal. Il propose la mise en place d’un récépissé lors des interventions et un moratoire sur l’extension de la vidéosurveillance à Strasbourg.

En matière de prévention, le programme prévoit le renforcement des médiateurs de rue, la création d’un pôle municipal de lutte contre la solitude, et la mise en œuvre d’un plan « Vision Zéro » pour la sécurité routière.


Municipalisation des services publics : eau, énergie, alimentation, déchets

C’est l’un des piliers les plus structurants du programme sur le fond. Florian Kobryn prône une démarchandisation des biens communs et une reprise en main progressive des délégations de service public (DSP) par la collectivité.

Il est prévu un audit de toutes les DSP existantes, suivi d’une municipalisation progressive. Le programme inclut un plan « Alimentation Commune » avec fermes et légumerie municipales, la municipalisation de l’usine de valorisation des déchets, et un encadrement des salaires dans les entreprises publiques avec un écart maximum de 1 à 3 entre le salaire le plus bas et le plus élevé.

L’objectif est clair : reprendre le contrôle local sur les secteurs jugés stratégiques — eau, énergie, transport, alimentation, déchets — pour garantir un service public de qualité, accessible à tous les Strasbourgeois.


Strasbourg capitale européenne : transparence et réorientation des investissements

Strasbourg est capitale européenne, siège du Parlement européen et du Conseil de l’Europe. Cette dimension institutionnelle est abordée avec une exigence de transparence accrue sur le contrat triennal et une réévaluation des investissements liés à la notabilité européenne.

Florian Kobryn entend orienter les financements vers des projets « réellement utiles et transformateurs » pour les habitants, plutôt que vers des opérations de prestige. La dimension internationale inclut également des propositions sur l’accueil des personnes migrantes et un engagement municipal pour la paix.


Une campagne municipale qui s’intensifie dans tout le Bas-Rhin

La soirée au Romulus marque une étape charnière de la campagne municipale à Strasbourg. Le programme présenté est dense, structuré et politiquement affirmé — loin d’un catalogue de bonnes intentions. Il prend des positions tranchées sur des sujets qui divisent : encadrement d’Airbnb, marché de Noël payant, moratoire sur la vidéosurveillance, révocabilité des élus.

Reste désormais à savoir comment ces 400 mesures seront reçues dans les quartiers — du Neudorf à Hautepierre, de la Robertsau au Neuhof — et plus largement dans l’ensemble du Bas-Rhin. Les prochaines semaines s’annoncent animées, avec des débats qui devraient s’intensifier autour du logement, du tourisme de masse, de la démocratie participative et du rôle de Strasbourg sur la scène européenne.