C’est dans l’ambiance feutrée du Romulus, bar-restaurant ancré dans le quartier de l’Esplanade, que nous avons retrouvé Cem Yoldas ce mercredi 18 février. Représentant de la liste Strasbourg C’est Nous !, il est venu nous présenter un programme électoral qui ne ressemble à aucun autre dans le paysage municipal strasbourgeois. Derrière le nom, une coalition inédite : le NPA – l’Anticapitaliste 67, la Yeni Demokratik Gençlik (YDG Strasbourg), l’association D’ailleurs nous sommes d’ici (DNSI 67), Pour une écologie populaire et sociale (PEPS 67) et le Comité de soutien à la Jeune Garde Strasbourg.
Ensemble, ils portent une vision de rupture totale avec la gestion municipale actuelle — et ils l’assument sans détour.
« Strasbourg n’est pas à vendre » : une liste de rupture assumée
Dès les premières pages de leur programme, le ton est donné. Strasbourg C’est Nous ! se présente comme une liste ancrée dans les luttes sociales, portée par des habitants, des travailleurs, des jeunes — « pas des professionnels de la politique », insiste le texte. La liste assume une rupture explicite avec le bilan de la majorité municipale de Jeanne Barseghian, qu’elle accuse de ne pas avoir su « protéger les classes populaires et les victimes des violences et des discriminations. »
L’ambition affichée : reprendre la ville aux logiques de marché pour la remettre au service de celles et ceux qui y vivent. Justice sociale, écologie populaire, antifascisme sans compromis — voilà les trois piliers revendiqués.

Transports, logement, alimentation : des propositions concrètes pour les Strasbourgeois
Le programme est dense — plus de cinquante pages couvrant vingt-et-un chapitres. Plusieurs mesures phares interpellent directement les habitants du Bas-Rhin.
Sur les mobilités, la liste propose la gratuité totale et immédiate des transports en commun pour tous, résidents comme visiteurs. Elle veut aussi réorganiser le réseau CTS pour désengorger l’hyper-centre et mieux desservir les quartiers périphériques comme Hautepierre, le Neuhof ou la Meinau, tout en renforçant les lignes nocturnes.
Sur le logement, Strasbourg C’est Nous ! entend encadrer strictement les locations Airbnb, instaurer un plafonnement des loyers et utiliser systématiquement le droit de préemption pour constituer un parc public. La liste promet également d’interdire toute démolition ou privatisation de logements sociaux existants.
Sur l’alimentation, elle veut installer des restaurants municipaux solidaires dans chaque quartier, avec une tarification indexée sur les revenus, ainsi qu’une carte alimentaire mensuelle utilisable dans les épiceries solidaires et les marchés locaux.
Quartiers populaires, discriminations et démocratie directe : le cœur du projet
Ce qui distingue réellement ce programme, c’est son attention portée aux quartiers populaires de Strasbourg et à ceux que la politique institutionnelle « ignore trop souvent. » La liste propose de créer des pôles égalité dans tous les quartiers, avec permanences psychologiques et juridiques gratuites pour les victimes de violences et de discriminations.
Sur la démocratie, les propositions sont radicales : référendum de révocation des élus dès 10 % de signatures, plafonnement des indemnités à deux fois le salaire municipal le plus bas, bilans citoyens publics obligatoires tous les six mois, budgets participatifs renforcés. Les conseils de quartier recevraient un véritable droit de veto suspensif sur les projets municipaux.
La police municipale, elle, serait désarmée et réorientée vers la médiation et la proximité.


Une écologie populaire, pas punitive
Sur l’écologie, la liste prend soin de se démarquer d’une « écologie sans les classes populaires » qu’elle juge contre-productive. Elle veut multiplier les îlots de fraîcheur dans les quartiers denses, développer un service public de l’énergie via une régie municipale, et transformer la Zone à Faibles Émissions (ZFE) en outil de justice sociale — avec de larges dérogations pour les ménages modestes et une aide financière à la conversion des véhicules.
Le Marché de Noël lui-même est dans le viseur : la liste propose de le décentraliser dans tous les quartiers de l’Eurométropole, avec des plafonds de prix négociés et une priorité accordée aux artisans et exposants locaux.
Un positionnement international tranché
Le programme ne s’arrête pas aux frontières de l’Eurométropole. Strasbourg C’est Nous ! propose de mettre fin au jumelage avec Ramat Gan (Israël), de soutenir le mouvement BDS et de jumeler Strasbourg avec Kobané, ville kurde. Des positions qui ne manqueront pas de susciter le débat dans une ville qui abrite le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’Homme.
Ce qu’il faut retenir
Strasbourg C’est Nous ! incarne une gauche de rupture qui refuse la gestion technocratique et mise sur la mobilisation des habitants. Que l’on adhère ou non à ses propositions, le programme pose des questions concrètes sur le prix des loyers, l’accès aux soins dans les quartiers sous-dotés, ou encore la gouvernance des grandes institutions culturelles strasbourgeoises. Des sujets qui résonnent bien au-delà du cercle militant.
La rencontre avec Cem Yoldas au Romulus aura permis de mesurer la cohérence et la radicalité d’un projet qui entend bousculer les équilibres politiques de la capitale alsacienne lors des prochaines élections municipales.
