Ce 19 février, Jean Castex a fait le déplacement jusqu’à Sélestat. Le président de la SNCF est venu en personne affronter la grogne des usagers du TER 200, la ligne Strasbourg-Bâle la plus empruntée du Grand Est avec 26 000 voyageurs quotidiens. Une fréquentation en hausse de 22 % en quatre ans, pour un service qui, lui, n’a cessé de se dégrader : suppressions en cascade, annulations de dernière minute, retards chroniques aux heures de pointe. Avec un taux de régularité tombé à 86,6 % en 2025 — soit 7 points sous la moyenne régionale — la situation n’est plus tenable.
Ce que Castex est venu dire aux Alsaciens
Face aux associations d’usagers et aux élus régionaux réunis en table ronde, l’ancien Premier ministre a structuré son intervention en trois temps : état des lieux, explications, perspectives. Un format rodé… mais les voyageurs alsaciens attendaient surtout des réponses concrètes.
Des causes multiples, mais des responsabilités partagées
Les données présentées lors de la réunion dessinent un tableau nuancé. Plus de la moitié des incidents (52 %) trouvent leur origine dans des facteurs externes : perturbations sur le réseau suisse, intrusions sur les voies, actes de malveillance, sangliers, chutes d’arbres ou aléas climatiques. 25 % sont imputables au transporteur lui-même, et 23 % à l’infrastructure et aux gares.
Jean Castex a reconnu la multiplication de ces aléas extérieurs. Mais Thibaud Philipps, vice-président de la Région Grand Est délégué aux transports, a rappelé l’essentiel : près d’un retard sur deux reste lié à des leviers internes maîtrisables. Coopération transfrontalière renforcée avec la Suisse, investissements ciblés sur l’infrastructure, exigence accrue de fiabilité : autant de chantiers identifiés, mais encore à concrétiser.

Un matériel ferroviaire qui accuse le poids des années
Au cœur du problème : des équipements vieillissants qui n’ont pas suivi la croissance du trafic. Les rames Corail, en service depuis les années 1980, sont en bout de course. Les locomotives, également usées, génèrent leur lot de pannes et de retards. Entre Sélestat et Strasbourg, il n’est pas rare que 150 voyageurs restent debout faute de places assises.
Pour y répondre, la Région envisage une commande de matériel roulant évaluée entre 500 et 600 millions d’euros, incluant des rames à deux étages pour augmenter significativement la capacité d’accueil. Des travaux nocturnes sur les caténaires et la signalisation sont également programmés.

La robustesse avant tout : Castex tempère les attentes
Malgré l’urgence ressentie sur le terrain, Jean Castex a clairement refroidi les espoirs d’une expansion rapide : le doublement du matériel roulant n’est pas à l’ordre du jour. La priorité affichée est d’abord de consolider la fiabilité de la ligne avant d’envisager une montée en capacité. Une position que les associations d’usagers risquent de trouver bien insuffisante face à leur quotidien dégradé.
Ce que les Strasbourgeois et les Alsaciens attendent vraiment
Pour les actifs qui rejoignent quotidiennement Strasbourg depuis Colmar, Sélestat ou Mulhouse, pour les étudiants et les entreprises du Bas-Rhin tournées vers Bâle et la Suisse, le TER 200 n’est pas un simple moyen de transport : c’est une infrastructure économique vitale. La venue de Jean Castex en Alsace envoie un signal. Mais les délais de réalisation restent flous. L’enjeu pour la SNCF et la Région sera désormais de transformer les engagements pris à Sélestat en résultats mesurables — avant que la patience des Alsaciens ne s’épuise définitivement.
