À l’approche des élections municipales de 2026, Strasbourg illustre les tensions internes des Écologistes. La liste municipale locale menée par la maire sortante , Barseghian s’inscrit clairement dans une ligne centriste, en décalage avec les militants réclamant une écologie de rupture.

Une stratégie nationale déclinée localement

Sous la direction de Marine Tondelier, EELV semble privilégier les alliances avec le Parti socialiste pour sécuriser les exécutifs locaux. À Strasbourg, cette stratégie se traduit par l’intégration de socialistes dissidents sur la liste de la maire sortante Jeanne Barseghian. Parmi eux, l’actuel premier adjoint Syamak Agha Babaei, ancien PS, et aussi plusieurs anciens adjoints de Roland Ries dont Phillipe Bies, ainsi que le groupe Sage, dissidents du PS qui rejoignent la liste pour renforcer son attractivité.

La bataille électorale reste ouverte : Catherine Trautmann (PS) est en tête des sondages et a publiquement refusé toute alliance avec Jeanne Barseghian, dénonçant ses méthodes.
Pour EELV, attirer ces dissidents est donc une démarche stratégique pour sécuriser la liste.

À Schiltigheim, l’alliance PS-EELV ou aucune méthode problématique n’a été dénoncée, a pu être formalisée, reflétant la même logique nationale : garantir des exécutifs locaux.

En outre, selon LFI Strasbourg, Jeanne Barseghian aurait également déclaré devant des représentants du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qu’elle n’envisageait pas d’alliance avec La France insoumise. Ces propos s’ils sont confirmés, s’inscrivent dans la cohérence d’une écologie municipale centriste, et non d’une gauche de rupture

Les dissidents et l’écologie de rupture

Cette orientation centriste s’oppose aux appels à une « écologie de rupture » portés par une tribune nationale signée par des militants écologistes critiques. Le texte défend une écologie ancrée dans les luttes sociales et ouverte à un potentiel travail politique avec La France insoumise.
Mais cette écologie de rupture reste marginalisée : des pressions internes et des menaces de sanctions ont conduit certains signataires à retirer ou masquer leur nom sous peine d’être suspendu du parti écologistes.

Clovis Daguerre, membre de la liste municipale de Barseghian et signataire de la tribune, était l’un des premiers signataires de cette tribune contestataire, mais son nom a disparu de la liste publique des signataires. Ce retrait coïncide avec les annonces de mesures disciplinaires contre les militants en rupture avec la ligne nationale. Sans communication publique de sa part, les faits laissent penser que ce repositionnement résulte des contraintes imposées par la stratégie voire même de son positionnement sur la liste eelv locale.

La militante eelv Leyla Binici, elle a maintenu sa signature sur la tribune pour l’écologie de rupture. Si l’on ignore si elle a été sanctionnée pour cela, il est certain que, contrairement à Clovis Daguerre qui a retiré son nom, elle n’apparaît plus sur la liste Barseghian 2026, alors qu’elle avait été colistière sur cette même liste en 2020 et candidate EELV aux élections départementales précédentes.

Une écologie centriste et électoraliste

La combinaison des alliances locales, des dissidents PS montre que Strasbourg s’inscrit dans une logique centriste, en cohérence avec la stratégie nationale d’EELV. L’écologie de rupture, malgré ses signataires, reste minoritaire face à une priorité affichée : consolider la liste Barseghian et sécuriser le scrutin face à un concurrent PS toujours en lice.

À Montpellier, Julia Mignacca, ancienne élue et militante écologiste, a quitté EELV pour des raisons similaires. Elle explique ne plus se reconnaître dans la stratégie nationale et locale du parti, jugeant que la priorité donnée à des alliances modérées, y compris avec le PS, affaiblit la capacité de la gauche à porter un projet politique véritablement transformateur. Son départ illustre que les dissidents au sein d’EELV se trouvent peu de marge de manœuvre et peuvent être marginalisés.