À quelques semaines des élections municipales de 2026, un sujet s’impose dans le débat strasbourgeois : l’encadrement des loyers. Portée par plusieurs candidats de bords différents, cette mesure divise autant qu’elle séduit. Mais concrètement, qu’est-ce que cela changerait pour un locataire du Krutenau, de l’Elsau ou d’Hautepierre ?
Ce qu’on appelle vraiment « encadrement des loyers »
Il existe en réalité deux mécanismes distincts sous ce terme générique. Le premier, déjà en vigueur à Strasbourg, s’applique dans les zones dites « tendues » : il limite la hausse des loyers à la relocation en la plafonnant à l’indice du coût de la construction. En clair, un propriétaire ne peut pas augmenter librement son loyer entre deux locataires.
Le second — celui qui fait débat en campagne — est plus ambitieux. Il fixerait un plafond basé sur un « loyer de référence majoré », calculé à partir du loyer médian de la zone, augmenté de 20 %. Ce dispositif a déjà été expérimenté à Paris, Lille et Aix-en-Provence, avec des économies estimées à 1 800 € par an pour les locataires parisiens. Strasbourg, qui participe à cette expérimentation jusqu’à fin 2026, pourrait franchir le pas.
Strasbourg, une ville sous tension locative
Pourquoi ce débat éclate-t-il maintenant ? Parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Observatoire local des loyers de l’Eurométropole révèle un loyer médian de 11,10 €/m² — soit la moitié des logements loués en dessous, l’autre moitié au-dessus. Un niveau qui peut sembler raisonnable comparé aux 25,70 €/m² de Paris intra-muros, mais qui reste supérieur à celui de Lyon, Bordeaux ou Montpellier.
Ce loyer médian a d’ailleurs progressé de plus d’un euro au cours du dernier mandat. Et surtout, cette moyenne masque des réalités très contrastées selon les quartiers et les typologies de biens. Les petites surfaces en centre-ville — très prisées par les étudiants et jeunes actifs — subissent des niveaux de loyers particulièrement élevés.

Les limites que personne ne dit vraiment
Derrière l’argument séduisant, des zones d’ombre subsistent. Première limite : si le plafond est fixé à 13,32 % au-dessus du loyer médian — soit environ 12,58 €/m² —, une grande partie du marché strasbourgeois ne serait pas réellement touchée, puisque le loyer médian 2024 reste en dessous de ce seuil dans la majorité des secteurs.
Deuxième écueil : le contournement. Les propriétaires disposent de plusieurs options légales pour échapper au dispositif — passage en meublé de tourisme, justification de travaux exceptionnels, ou ajout d’équipements haut de gamme non encadrés. À Paris, ces pratiques se sont multipliées dès l’entrée en vigueur de la mesure.
Enfin, la question de fond reste entière : encadrer les loyers sans agir sur l’offre risque de « geler » les situations existantes sans résoudre la pénurie de logements, qui atteint un niveau critique dans l’Eurométropole.
Ce que ça changerait — ou pas — pour vous
Pour un locataire d’un deux-pièces au Neuhof ou dans le quartier de la Robertsau, l’impact dépendra directement de la surface, du secteur et du niveau de loyer actuel. Le gain marginal serait plus faible qu’à Paris. L’efficacité réelle du dispositif reposera sur la rigueur des contrôles — et sur ce point, les sanctions existent (de 5 000 à 15 000 € d’amende), mais restent aujourd’hui très peu appliquées.
Le vrai levier reste la production de logements neufs et la remise sur le marché des logements vacants. Sans cela, encadrer les loyers revient à soigner le symptôme sans traiter la cause.
