Vingt-cinq ans après avoir quitté l’hôtel de ville, Catherine Trautmann pourrait bien signer l’un des retours politiques les plus spectaculaires de France. Selon l’enquête Cluster17 pour POLITICO menée du 9 au 12 février auprès de 684 électeurs strasbourgeois inscrits, la socialiste domine largement les intentions de vote avec 31% au premier tour des municipales du 15 mars. Un score qui place la septuagénaire en position de force dans une course où la maire écologiste sortante, Jeanne Barseghian, peine à convaincre au-delà de son camp avec seulement 20% des suffrages.
Ce qui frappe dans ces résultats, c’est la capacité de Trautmann à fédérer bien au-delà de son électorat traditionnel. Elle séduit 38% des électeurs ayant choisi Renaissance aux européennes de 2024, et même 23% de ceux ayant opté pour le Rassemblement national. Une coalition électorale inhabituelle qui explique pourquoi le candidat Horizons Pierre Jakubowicz, pourtant soutenu par Renaissance et le MoDem, stagne à 5,5%.
L’écologiste sortante en difficulté face à la concurrence de gauche
Pour Jeanne Barseghian, le diagnostic est moins favorable. Coincée entre la dynamique Trautmann et la candidature La France insoumise de Florian Kobryn (10%), la maire sortante incarne les difficultés des élus écologistes de la vague verte de 2020. Son score la place certes en deuxième position, mais avec onze points de retard sur sa principale rivale et sans véritable réservoir de voix au-delà de son camp.
L’équation se complique encore avec Jean-Philippe Vetter, candidat Les Républicains soutenu par l’UDI, qui récolte 19% des intentions de vote. Troisième homme de ce scrutin, il pourrait capitaliser sur un éventuel report des voix du Rassemblement national si Virginie Joron, créditée de 11%, ne parvenait pas à se maintenir au second tour.

Les alliances du second tour, clé de voûte du scrutin
Si ces chiffres donnent une photographie à un instant T, rien n’est encore joué. Avec cinq candidats potentiellement au-dessus ou autour du seuil de qualification de 10%, tout dépendra des stratégies d’alliance entre les deux tours. Une quinquangulaire opposerait Trautmann, Barseghian, Vetter, Joron (RN) et Kobryn (LFI) — un scénario rarissime dans une grande ville qui fragmenterait considérablement le second tour.
La question des alliances à gauche devient cruciale. Si Barseghian et Kobryn restaient séparés face à Trautmann, ils risqueraient de s’épuiser mutuellement et d’ouvrir un boulevard à la socialiste. À l’inverse, une union écologiste-insoumise pourrait rebattre les cartes et créer un rapport de force inattendu. Du côté de la droite, un éventuel désistement de Virginie Joron en faveur de Jean-Philippe Vetter transformerait radicalement la donne dans une ville pourtant ancrée à gauche.
Les tractations de l’entre-deux-tours s’annoncent donc déterminantes. Chaque candidat devra peser le pour et le contre : maintien pour exister politiquement ou fusion pour gagner ? Ces arbitrages stratégiques pourraient complètement bouleverser la hiérarchie actuelle.

Un sondage, pas un verdict
Il convient toutefois de garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une photographie des intentions de vote à un mois du scrutin. La marge d’erreur de l’enquête, comprise entre 1,6 et 3,5 points, peut relativiser certains écarts. Surtout, les dynamiques de campagne, les débats à venir et les événements locaux ou nationaux peuvent encore modifier substantiellement le paysage électoral strasbourgeois.
Les prochaines semaines seront décisives pour les candidats qui devront convaincre les indécis, mobiliser leurs troupes et préparer leurs stratégies d’alliance. Entre reports de voix imprévisibles et négociations de dernière minute, la bataille pour l’hôtel de ville de Strasbourg reste largement ouverte. Si la « Trautmania » semble bien réelle aujourd’hui, seul le verdict des urnes les 15 et 22 mars dira si ce retour historique se concrétisera effectivement.
