Frédérique Neau-Dufour en numéro 2 de la liste Aimer Strasbourg : la droite strasbourgeoise frappe fort à quinze mois des municipales 2026. L’historienne, figure de la mémoire européenne et ancienne directrice du Centre européen du résistant déporté de Natzweiler-Struthof, apporte à Jean-Philippe Vetter bien plus qu’un nom. Elle incarne un projet : transformer Strasbourg en capitale de la mémoire européenne, avec à la clé un musée de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Une nomination stratégique pour crédibiliser l’ambition Vetter

Jean-Philippe Vetter ne cache pas sa satisfaction. En attirant Frédérique Neau-Dufour, agrégée d’histoire et spécialiste reconnue de la Seconde Guerre mondiale, le candidat LR à la mairie de Strasbourg envoie un signal clair : sa liste ne sera pas qu’une opposition de quartier. L’historienne, installée à Strasbourg depuis une quinzaine d’années, n’est pas encartée. Elle se dit allergique aux extrêmes et revendique une position de dialogue, forgée par son parcours professionnel dans les institutions mémorielles.

Pour Vetter, c’est une très belle prise dans le paysage politique local. Cette nomination vise à donner de la profondeur à son projet Aimer Strasbourg, qui ambitionne de rassembler de la droite républicaine jusqu’à la social-démocratie, sans fusion au second tour. Frédérique Neau-Dufour incarne cette ouverture : non partisane, européenne convaincue, portée par des valeurs humanistes plutôt que par un appareil partisan.

Du Struthof à la mairie de Strasbourg : un parcours au service de la mémoire

Le CV de Frédérique Neau-Dufour impressionne. Ancienne conservatrice de La Boisserie, la maison du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, elle a dirigé de 2011 à 2019 le Centre européen du résistant déporté sur le site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, dans le Bas-Rhin. Seul camp de concentration nazi implanté sur le territoire français actuel, le Struthof représente un lieu essentiel de la mémoire collective alsacienne et européenne.

Biographe de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, commissaire d’expositions sur l’amitié franco-allemande entre de Gaulle et Adenauer, Frédérique Neau-Dufour est aujourd’hui présidente de l’association Regards d’enfants, qui sensibilise les jeunes Européens à la citoyenneté et aux droits humains. Fin 2023, elle a été nommée cheffe de projet de la stratégie mémorielle du Grand Est. Son expertise sur les questions de mémoire, de droits humains et de construction européenne lui vaut le surnom de voix des ombres, en référence à son travail auprès des déportés et de leurs familles.

Le projet phare : un musée de la culture européenne façon Mucem

L’annonce de sa nomination s’accompagne d’un projet ambitieux : la création à Strasbourg d’un grand musée de la culture européenne, à l’image du Mucem de Marseille. Conçu comme un lieu de rayonnement international, ce musée nécessiterait un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le Mucem marseillais a coûté 68 millions d’euros, un ordre de grandeur qui donne la mesure de l’ambition strasbourgeoise.

Jean-Philippe Vetter compte sur l’expertise et le réseau de Frédérique Neau-Dufour pour mobiliser les financements : Collectivité européenne d’Alsace, Région Grand Est, État, fonds européens, partenaires allemands et mécènes privés. Le projet s’inscrit dans une vision de Strasbourg comme capitale européenne de la mémoire et du dialogue, capable de rivaliser avec les grandes métropoles culturelles.

Pour l’historienne, ce musée serait l’incarnation de son regard de long terme sur la ville. Elle veut apporter à Strasbourg une vision sur le temps long, tant dans le passé que vers l’avenir, car un projet politique doit savoir anticiper l’imprévisible. Un discours qui tranche avec les débats de gestion quotidienne qui ont dominé le paysage politique strasbourgeois ces dernières années.

Une stratégie de rassemblement large pour 2026

Cette nomination s’inscrit dans la stratégie affichée par Jean-Philippe Vetter depuis sa Lettre aux Strasbourgeois publiée début 2025. Le candidat LR veut construire une union large dès le premier tour, au-delà des étiquettes partisanes. Il refuse d’ores et déjà toute fusion au second tour, à l’inverse de 2020, et affirme qu’il ne se ralliera à personne.

Dans ce contexte, l’arrivée de Frédérique Neau-Dufour sert une double fonction. D’abord, elle élargit la base électorale de Vetter vers des électeurs sensibles aux enjeux européens, mémoriels et humanistes, au-delà du socle traditionnel de la droite. Ensuite, elle crédibilise l’ambition de la liste : montrer que Vetter n’est pas qu’un maire du coin de la rue, mais un candidat capable de porter un projet de ville à dimension européenne.

Reste à savoir si les Strasbourgeois adhéreront à cette vision ambitieuse ou si, à quelques mois du scrutin, les préoccupations quotidiennes l’emporteront sur les grands projets culturels et mémoriels. La bataille des municipales 2026 à Strasbourg s’annonce comme un affrontement entre deux visions : la gestion pragmatique contre la grande ambition européenne.