C’est désormais officiel. Pour les élections municipales de mars 2026 à Schiltigheim, la liste Schilick en commun, menée par Madame Jampoc-Bertrand, bénéficie de l’investiture de la direction nationale du Parti socialiste. Une décision qui fait date et qui cristallise les tensions au sein de la gauche bas-rhinoise.
Cette prise de position marque un tournant politique majeur. La liste écolo-socialiste Schilick en commun s’éloigne ainsi du programme du Nouveau Front populaire (NFP), pourtant à l’origine de la victoire contre la Droite lors des élections législatives de juin 2024 dans la troisième circonscription du Bas-Rhin. Comment une liste peut-elle incarner à la fois la défense des classes populaires, un renouveau démocratique et une réponse concrète aux urgences environnementales, tout en tournant le dos aux engagements pris il y a quelques mois à peine ?
Un revirement qui passe mal à l’Assemblée nationale
En refusant de voter les motions de censure à l’Assemblée nationale, le Parti socialiste a permis l’adoption d’un budget national qui fragilise les conditions de vie et de travail de millions de Français, tout en méprisant les intérêts des plus fortunés et en tournant le dos à l’urgence écologique. En acceptant l’investiture, Madame Jampoc-Bertrand entérine ainsi les trahisons du Parti socialiste et sa rupture avec les engagements du Nouveau Front populaire.
Cette orientation est aujourd’hui de plus en plus contestée, y compris dans les rangs écologistes. De nombreux militants dénoncent l’alliance privilégiée conclue entre le Parti socialiste et Les Écologistes. Dans un appel intitulé « Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture », ils écrivent notamment :
« Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. »
Fidèle à l’esprit de rassemblement porté par le Nouveau Front Populaire, Schilick Insoumise appelle l’ensemble des forces de gauche et de progrès à construire une véritable Union Populaire et à soutenir la liste Schiltigheim Fière et Populaire dont les candidats s’engagent à respecter leurs promesses et à ne pas trahir la confiance des électeurs.

Schiltigheim dit oui, Strasbourg dit non : une incohérence qui interroge
Dorénavant, la liste Schiltigheim Fière et Populaire s’affirme comme la véritable alternative aux listes de Droite. Elle porte un projet de rupture démocratique fidèle aux principes de justice sociale, de lutte contre les inégalités territoriales et de promotion d’une écologie populaire au service des Schilickois.
Mais une question demeure, lancinante, dans l’esprit des électeurs bas-rhinois : pourquoi une alliance PS-EELV à Schiltigheim, et pas à Strasbourg ?
À quelques kilomètres de là, la capitale alsacienne n’a pas connu d’alliance de ce type pour les municipales 2026. Aucune union PS-EELV n’est pour l’heure d’actualité dans la métropole. Catherine Trautmann mène sa propre liste, sans validation nationale similaire d’une union écolo-socialiste. Les Strasbourgeois assistent donc à un patchwork d’alliances et de stratégies locales qui brouillent la lisibilité politique de la gauche.
Cette incohérence territoriale alimente la confusion. Les habitants ne comprennent plus rien. D’un côté, on leur parle d’union, de front populaire, de rassemblement face à la Droite et à l’extrême droite. De l’autre, les directions nationales et locales multiplient les accords à géométrie variable, au gré des rapports de force et des ambitions personnelles.

Le précédent du NFP et la désillusion Sother
La dernière fois qu’une alliance de ce style a eu lieu dans le Bas-Rhin, il s’agissait du Nouveau Front populaire lors des législatives de juin 2024. Les électeurs avaient alors cru à un engagement collectif, à un programme commun, à une promesse de changement.
Mais le député Thierry Sother, élu sous la bannière du NFP, n’a pas hésité à ne pas respecter le programme pour lequel il a été élu. Son refus de voter certaines motions de censure, son positionnement ambivalent à l’Assemblée nationale, et ses choix politiques ont déçu une partie de son électorat. Aujourd’hui, Thierry Sother n’est pas seulement député : il figure sur la liste de Catherine Trautmann à Strasbourg pour les municipales 2026.
Ce double positionnement pose question. Comment peut-on incarner le renouveau à l’échelle locale tout en ayant trahi les engagements pris à l’échelle nationale quelques mois plus tôt ? Comment peut-on espérer reconquérir la confiance des électeurs en multipliant les compromissions et les alliances opportunistes ?

Une gauche fragmentée face à un électorat en attente de cohérence
Les municipales de mars 2026 dans le Bas-Rhin s’annoncent comme un véritable test de crédibilité pour la gauche. Entre les alliances PS-EELV à géométrie variable, les listes dissidentes qui portent les valeurs du Nouveau Front populaire, et les candidats qui naviguent entre mandats nationaux et ambitions locales, les électeurs peinent à s’y retrouver.
À Schiltigheim, la liste Schiltigheim Fière et Populaire espère incarner cette cohérence perdue, en défendant un projet de rupture assumé, loin des calculs d’appareils et des tractations de couloirs. À Strasbourg, l’absence d’alliance claire entre PS et EELV soulève autant d’interrogations qu’elle ouvre d’opportunités pour les candidats alternatifs.
Une chose est certaine : les Bas-Rhinois attendent des réponses concrètes, des engagements tenus, et une gauche capable de parler d’une seule voix. Le temps des trahisons et des alliances de façade semble révolu. Place à la clarté, à la fidélité programmatique, et au respect de la parole donnée.
