La commission permanente de la Région Grand Est, à majorité Les Républicains, a décidé le 30 janvier 2026 de suspendre provisoirement une subvention d’environ 90 000 destinée au festival « Le Jardin du Michel » à Bulligny, en Meurthe-et-Moselle. La raison ? La programmation du groupe de rap Sniper pour l’édition prévue les 22, 23 et 24 mai 2026. Cette décision fait suite à l’intervention publique du député RN de Moselle, Laurent Jacobelli, qui a dénoncé les paroles du collectif comme incitant à la haine.

Laurent Jacobelli monte au créneau contre Sniper

Laurent Jacobelli a explicitement réclamé que la Région ne finance pas la venue de Sniper, qualifiant le groupe d’ »appelant à la haine » en raison de textes controversés datant de plus de 20 ans. Il a notamment visé les titres « La France » (2001) et « Jeteur de pierres » (2003). Le député RN a salué la décision régionale sur les réseaux sociaux : « Vous avez décidé de ne plus financer les dossiers de ceux qui appellent à la haine« . Le Rassemblement National, qui s’était déjà opposé à des subventions similaires l’année précédente, voit dans cette mesure une rare convergence avec la majorité LR au conseil régional.

Une charte des principes républicains comme nouvelle condition

La Région Grand Est a justifié sa suspension en conditionnant désormais ses aides culturelles au respect d’une « charte des principes républicains et de la laïcité« . L’exécutif régional a par ailleurs saisi le ministère de l’Intérieur pour obtenir un avis sur une possible « incitation à la haine raciale, antisémitisme ou trouble à l’ordre public » liée aux paroles de Sniper. En attendant ce retour, aucune décision définitive n’a été prise au 6 février 2026.

Des paroles jugées légales par la justice en 2003

Ce n’est pas la première fois que Sniper se retrouve au cœur d’une polémique. En 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait qualifié les membres du groupe de « voyous qui déshonorent la France » après la sortie du morceau « La France« . Pourtant, les juridictions françaises – tribunal correctionnel, cour d’appel de Rouen et Cour de cassation – avaient successivement rejeté les plaintes, estimant que les paroles ne constituaient pas une infraction pénale. Sur le plan judiciaire, Sniper n’a jamais été condamné pour incitation à la haine.

L’opposition régionale dénonce une atteinte à la liberté de création

Du côté de l’opposition de gauche écologiste au conseil régional, la mesure est vivement critiquée. Bertrand Masson, élu d’opposition, y voit une « grave atteinte aux libertés de création et de programmation artistique« . Les organisateurs du festival « Le Jardin du Michel » ont exprimé leur « stupéfaction et prudence » face à cette suspension qui fragilise l’équilibre financier de l’événement. À ce jour, le groupe Sniper n’a pas réagi publiquement à cette polémique.

Un débat national sur subventions publiques et liberté artistique

L’affaire a été largement relayée dans la presse nationale et régionale, relançant un débat récurrent : jusqu’où les collectivités territoriales peuvent-elles conditionner leurs financements culturels aux contenus artistiques ? La décision de la Région Grand Est illustre la tension croissante entre le contrôle politique des subventions publiques et le principe de liberté d’expression artistique, alors même que la justice avait tranché en faveur de Sniper il y a plus de 20 ans.