Mi-2024, Soraya Ouldji, élue indépendante et militante reconnue pour les droits des enfants et des femmes, démissionne de son poste d’adjointe à la mairie de Strasbourg, invoquant des « désaccords politiques et éthiques ». En quittant l’exécutif municipal, elle redevient conseillère municipale et bascule dans l’opposition.
Ce qui aurait pu être une simple démission a réveillé une machine municipale prête à réécrire la réalité pour neutraliser une voix dissonante. Mais face aux pressions et aux tentatives de discrédit, Soraya Ouldji n’a pas cédé : bien au contraire, elle a persisté et amplifié ses engagements, les portant au niveau national.
Entre manipulations sémantiques, intimidations et omerta sur des VSS, retour sur une affaire qui interroge les dérives du pouvoir à Strasbourg.
Elle démissionne pour s’opposer- le pouvoir réécrit la réalité
Chronologie des faits : Fin mai 2024, Soraya Ouldji informe par écrit la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, ainsi que l’exécutif municipal, de sa démission de ses fonctions d’adjointe. Dans la foulée et conformément à la loi, cette décision est transmise à la préfète ; dès lors, un délai d’un mois s’ouvre avant sa prise d’effet, période que l’élue choisit d’honorer pour clôturer ses dossiers avec professionnalisme.
Mais cette démission semble constituer, aux yeux de la maire, un affront justifiant une riposte publique : le 5 juin 2024, sans même prévenir l’intéressée, la maire publie un communiqué, dont le titre sera repris par la presse, dans lequel, bien que contrainte de citer la démission de Soraya Ouldji comme préalable, elle titre « suspendre » l’élue.
Or ce communiqué est non seulement factuellement faux mais légalement impossible : La maire n’a pas le pouvoir de suspendre des élus, car selon l’article L2122-16 du CGCT, seul un arrêté ministériel peut suspendre un adjoint avec effet immédiat.
De plus, quand bien même Soraya Ouldji n’aurait pas démissionné, la maire n’aurait pas pu exiger ni seule, ni par communiqué son départ. La loi impose une procédure stricte et au temps long : retrait des dossiers en charge par arrêté municipal, puis inscription à l’ordre du jour du conseil municipal de la délibération et enfin, l’obtention d’un vote majoritaire des élus pour l’entériner.
Une mise en scène douteuse qui réécrit la réalité, où la maire emploie frauduleusement le terme « suspendre » — une formulation juridiquement fallacieuse mais qui fait croire que c’est elle qui écarte l’élue, et non l’élue qui démissionne
D’ailleurs, le 24 juin 2024, trois semaines après le communiqué, Soraya Ouldji siège encore comme… adjointe ! La vidéo du conseil municipal en atteste.
Ainsi, avec cette réécriture de la réalité, la maire transforme un acte de résistance politique en sanction disciplinaire imaginaire. Une désinformation qui semble calculée pour neutraliser toute opposition et retirer à l’élue jusqu’au droit de nommer son propre acte.


Alors à qui profite ce récit alternatif ?
Si cette manipulation profite à la maire, pour quelles raisons une partie de la presse locale, pourtant connaisseuse des règles de la vie politique, aurait-elle relayer relayerait-elle cette version erronée ? D’autant que l’élue affirme avoir sollicité à plusieurs reprises des corrections, en vain.
Ce journal local, en ligne, n’aurait-il simplement pas cru l’élue, ne pensant même pas à vérifier la véracité de la version du pouvoir en place ?
Pourtant, il ne s’agit pas d’une « version » à confronter à une autre : la démission est un acte administratif établi, citée d’ailleurs comme préalable dans le communiqué ; et la suspension d’un adjoint par un maire est impossible légalement. Tout cela était pourtant aisément vérifiable.
Tout cela n’est pas anodin : c’est retirer à Soraya Ouldji, le pouvoir de nommer ses propres actes politiques. C’est aussi faire basculer le débat. Les « désaccords éthiques et politiques » qu’elle dénonçait sont occultés, et la situation se renverse : ce n’est plus la maire qui est questionnée, mais l’élue qui est mise en cause, elle et tout ce qu’elle pourra dire par la suite. C’est un discrédit organisé.
Un avertissement pour tout élu tenté de suivre sa voie : s’opposer à l’exécutif peut conduire à une disqualification publique et politique, même lorsque les faits sont établis.
Ce traitement médiatique reflète une dynamique étudiée en sciences sociales : les médias accordent souvent plus de poids aux sources institutionnelles qu’aux voix qui les contestent. Ce biais s’accentue lorsque ces voix sont celles de femmes, et plus encore lorsqu’elles sont issues de la diversité. Ici, la presse a privilégié le communiqué de la maire sans vérifier des faits pourtant aisément vérifiables, et malgré les demandes de corrections de l’élue.
Les liens étroits entre ce media et la municipalité ont aussi peut-être participé à ce biais. Au-delà des amitiés, la créatrice de Rue89 Strasbourg est non seulement la femme du 3ème adjoint mais aussi l’ex-directrice de campagne et du cabinet de la maire. Et surtout, actuellement, elle occupe toujours un poste stratégique à la ville.
Lorsque des médias reprennent sans vérification une version institutionnelle pourtant juridiquement impossible, c’est leur rôle de contre-pouvoir qui est mis à mal.
Opposition sous pression : faits et méthodes
A la municipalité, les tensions ne se sont guère apaisées : Soraya Ouldji a été empêchée de siéger par deux fois à la tribune du conseil municipal, comme en ont témoigné plusieurs élus dans la presse. Puis, le jour du communiqué, l’accès à ses outils institutionnels (mails, agenda) lui a été retiré sans explications pour plusieurs mois : de graves exactions rapportées par nos seuls confrères des « Dernières Nouvelles d’Alsace ».
La municipalité s’est justifiée en invoquant un problème technique. Pourtant, un mail qui provenant du cabinet de la maire et ordonnant aux informaticiens la suppression immédiate des accès de Mme Ouldji, contredit cette version.
Or, selon le droit, on ne peut empêcher un élu de siéger ni le priver de ses moyens institutionnels. En conseil municipal Soraya Ouldji les a qualifiés de tentatives de neutralisation de l’opposition politique, d’atteintes à la démocratie.
Fait troublant, d’autres élus en France, sur les réseaux, témoignent d’exactions similaires, dès lors qu’ils sont en désaccord avec le pouvoir.

Dans la foulée, l’un des projets phares du mandat de Soraya Ouldji— un plan d’action en faveur des familles monoparentales, présenté à Matignon — a été annulé quelques jours avant son lancement. Soutenu par plusieurs collectifs, ce projet, très attendu pour améliorer le quotidien de ces familles, visait à faire de Strasbourg la première ville de France à traiter ce sujet à l’échelle des compétences communales.
D’ailleurs, nombre de ses projets ont disparu, même certains déjà votés, comme le précise le journal national « Les Pros de la Petite Enfance » qui soulignait l’importance du travail salué de l’élue au niveau ministériel pour la construction du nouveau Service Public de la Petite Enfance.
Même constat pour les scientifiques et auteurs du livre Les « Cuisines de la nation » sur l’alimentation des enfants, qui avaient suivi avec intérêt le travail de Soraya Ouldji.
Le message envoyé aux autres élus est clair : s’ils quittent l’exécutif, gare à leurs projets !
Ses projets novateurs ont dérangé ou serait-ce son indépendance que la municipalité lui aurait fait payé au dépens de l’intérêt des citoyens, comme le suggère cette revue nationale ?
Dans ce sens, Catherine Trautmann, ancienne maire de Strasbourg, avait-elle aussi questionné en conseil municipal, la capacité de la maire à travailler avec des femmes politiques qui ne lui seraient pas soumises, citant l’exemple de Soraya Ouldji et Céline Geissman, ancienne adjointe socialiste.
À l’automne 2025, Soraya Ouldji a découvert par hasard que la maire l’avait maintenue fictivement dans son groupe politique, à l’insu de tous, y compris des services municipaux et des élus. Sans avoir jamais reçu la moindre information, invitation ou communication du groupe, elle figurait pourtant sur le papier parmi ses membres, permettant ainsi à la maire de gonfler artificiellement ses effectifs tout en lui déniant, par ce stratagème administratif, sa qualité pourtant reconnue et factuellement vérifiable d’élue d’opposition.

Refus de couvrir un agresseur
Pendant des mois, personne ne s’est véritablement intéressé aux raisons précises de cette démission. Mais l’affaire Polesi — impliquant un élu allié de la maire dans des dossiers de violences sexistes et sexuelles (VSS) — apporte un éclairage crucial.
Serait-ce l’une des raisons de sa démission ? Militante féministe reconnue, Soraya Ouldji n’a eu de cesse de les dénoncer les alertes ignorées et des dysfonctionnements, pour faire éclater la vérité tout en respectant la confidentialité de victimes ;
Sa démission apparaît comme un refus de cautionner des pratiques inacceptables.
Les représailles dont elle a fait l’objet semblent s’inscrire dans un climat d’omerta plus général. Le collectif Le Piquet Féministe a notamment dénoncé des actes d’une grande gravité : des intimidations et des menaces de diffamation dont auraient fait l’objet les élus réclamant l’ouverture d’une enquête.
La maire, acculée par des révélations successives, pose alors, en victime impuissante qui aurait tout fait pour protéger les victimes. Les faits, eux, disent autre chose : le collectif féministe Le Piquet a également documenté une chronologie qui met à mal la version de la maire, on apprend qu’elle aurait refusé de faire une enquête et aurait renouvelé publiquement sa confiance à l’élu accusé alors qu’elle savait : un coup dur pour les victimes qui s’étaient confiées.
Puis en Mars 2025, coup de théâtre : en plein conseil municipal, la maire aurait affirmé n’avoir jamais été informée d’alertes sur son élu Polesi !
Un mensonge public qu’elle est contrainte de rectifier dès le lendemain : elle savait depuis plus de deux ans.
Coté presse : il faudra attendre que l’élu Polesi soit mis à pied de son emploi à l’université, toujours pour des accusations de VSS, pour que les médias en parlent. Cette gestion révèle aussi une asymétrie de traitement flagrante. Face à un élu accusé de violences sexuelles, mais allié du pouvoir, une approche protectrice prévaut malgré les alertes répétées. À l’inverse, lorsqu’une élue assume une opposition politique, ses actes sont publiquement contestés ou disqualifiés, même lorsqu’ils reposent sur des éléments documentés.
Des projets au service de l’intérêt général
Ces pressions n’ont pas entamé la détermination de Soraya Ouldji. Récemment qualifiée de « lanceuse d’alerte » par la presse, elle incarne désormais une opposition structurée au conseil municipal. Deux autres élues l’ont rejointe : Carole Santa Maria et Caroline Zorn. D’autres élus de l’opposition, toutes tendances confondues, dont Rebecca Breitmann très investie sur ces questions, portent depuis également le dossier et réclament des comptes.
Car absence de transparence et de conséquences pose une question démocratique majeure : elle installe un sentiment d’impunité
À ce jour, l’affaire Polési n’est toujours pas close. Dernièrement, la maire a commandé un audit au cabinet EGAE, réalisé par Caroline de Haas, ancienne collègue de l’UNEF du premier adjoint et dont la sœur occupe un poste important à la mairie. Le rapport, très succinct, soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Seules 16 personnes ont été interrogées, sans appel à témoignages élargi.
Plusieurs personnes, dont Soraya Ouldji, ont demandé à être entendus sans y parvenir. Aucune transparence sur la méthodologie, malgré les demandes, et alors même que cet audit a été financé par l’argent public.
Des projets au service de l’intérêt général
Depuis son départ de l’exécutif, Soraya Ouldji n’a rejoint aucun groupe politique. Pendant plusieurs mois, elle a fait face seule à l’exécutif, sans fléchir, avant d’être progressivement rejointe par d’autres élus. Son engagement reste ancré dans le concret : améliorer la vie des citoyens, en particulier celle des enfants et de leurs familles.
Des priorités qui avaient pourtant rencontré peu d’écho durant son mandat. Elle avait dénoncé des blocages répétés dans l’exercice de ses délégations. En matière de restauration scolaire, son projet ambitieux, salué par des chercheurs et visant à réduire le recours aux filières agro-industrielles au profit de modes de production plus locaux et plus sains, s’est heurté à une directive politique de la maire, jugée plus électoralement porteuse, privilégiant l’affichage « bio » tout en maintenant un système largement industriel.
Elle pointait aussi une anomalie : Strasbourg est la seule grande ville française sans direction dédiée à la petite enfance, ce secteur étant placé sous l’éducation dont les priorités sont distinctes et l’autorité d’un autre élu, représentant de parti.
Dans ce contexte, chaque décision — budget, recrutements ou même directives de prévention des violences faites aux enfants — fait l’objet de négociations complexes, sans soutien politique réel, du fait d’enjeux partisans.
Tous ces dysfonctionnements font écho aux critiques d’un autre élu qui a récemment démissionné : Patrice Schoepff. Il a dénoncé publiquement les dérives de la municipalité écologiste, déclarant avoir vécu une forme de maltraitance.
Au regard de ces témoignages, on peut gager que nombre d’élus de la majorité accueilleront sans nul doute cette fin de mandat comme un soulagement.
Des projets au service de l’intérêt général
Jamais encartée dans un parti, Soraya Ouldji a toujours conçu son mandat comme un levier pour porter des projets concrets. Ainsi, malgré plusieurs sollicitations, elle a déclaré ne pas envisager de se lancer dans les municipales pour l’instant.
Sa priorité qu’elle a partagée tant sur ses réseaux que publiquement : transmettre les projets qu’elle n’a pas pu déployer à Strasbourg au national. Elle partage d’ors et déjà ses projets, avec tous les outils nécessaires à leur mise en œuvre, auprès d’autres listes municipales à travers la France pour que la cause des enfants et des familles soit enfin prise en compte dans les collectivités.
Parmi ces initiatives : un plan d’action pour les familles monoparentales ; des cantines de production locale plutôt qu’industrielles ; un plan périscolaire centré sur la protection des enfants contre les violences et la deprecarisation des encadrants ; une Maison des Droits de l’Enfant ; et des crèches plus inclusives pour les enfants porteurs de handicap.
L’integrite comme exigence
Cette affaire dépasse Strasbourg et pose une question vertigineuse : combien d’élus subissent des pressions similaires sans jamais les dénoncer ? Combien de projets servant l’intérêt général sont enterrés pour des raisons partisanes ?
Soraya Ouldji n’a pas cédé. En partageant ses projets avec d’autres municipalités, elle prouve que l’intérêt général et les idées finissent par l’emporter sur les jeux d’appareil et la politique politicienne.
Son parcours rappelle une vérité simple : les institutions ne se régénèrent que lorsque des élus placent l’intérêt des citoyens au-dessus de tout.
Car résister est, plus que jamais, une exigence démocratique.
