Les Bibliothèques Idéales (BI) frappent fort pour démarrer 2026. Du 24 janvier au 1er février, la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg accueille une programmation audacieuse : 20 rencontres gratuites pour explorer les « Vingt questions à ne surtout pas poser en début d’année ». Un titre provocateur pour un événement qui place le débat d’idées au cœur de la capitale alsacienne.
François Wolfermann, directeur des BI, a conçu un dispositif participatif original. Chaque rencontre suit le même schéma : une introduction dialoguée entre un animateur et un invité, puis un basculement où « le public devient le modérateur ». La salle prend la parole, interroge, confronte. L’ange, le monstre, l’inhumanité, la guerre : autant de thèmes pour célébrer la liberté de parole et l’audace intellectuelle.

Science, littérature et pouvoir des mots
Étienne Klein ouvre des perspectives scientifiques et philosophiques. Le physicien, membre du CEA et animateur de La Conversation scientifique sur France Culture, invite le public strasbourgeois à réveiller sa capacité d’émerveillement. Une approche poétique des sciences pour questionner notre rapport au monde.
Ambre Chalumeau, chroniqueuse à Quotidien, partage sa Liste de lecture (L’Iconoclaste). À travers 20 portraits d’œuvres marquantes, elle interroge : « Un livre peut-il transformer une vie ? » Un moment de légèreté bienvenu dans une programmation dense.
Le 25 janvier, performance hybride avec Régis Quatresous et le musicien Stéphane Clor. Leur lecture musicale autour de Nourritures (L’Atelier Contemporain, 2026) questionne : « Dire l’inhumanité aide-t-il à la supporter ? » Ce premier recueil de nouvelles utilise la métaphore alimentaire pour dénoncer une consommation moderne destructrice, avec un humour noir salvateur traversant ces récits sombres.

Réparation, justice et droits des victimes
Laure Heinich marque l’événement de sa présence le 31 janvier. Cette éminente avocate parisienne spécialisée en droit pénal, ancienne bras droit de Gisèle Halimi, a bâti sa carrière sur le contentieux des violences sexuelles. Elle a défendu les plaignantes dans les affaires Judith Godrèche, PPDA ou Tariq Ramadan. Autrice de La Justice contre les Hommes (Flammarion, 2023), elle interroge : « Comment réparer la justice ? » Une réflexion sur la déshumanisation judiciaire et ses impacts sur les victimes.
Justement, Judith Godrèche sera présente pour discuter de son nouveau livre Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (Seuil, 2026). Figure majeure du #metoo français, elle pose une question essentielle : « Que faire du silence des adultes quand on est enfant ? » Un espace de réflexion promis « fort et profondément humain » sur l’enfance, la mémoire et la réparation.
Le 1er février résonnera particulièrement avec la rencontre « Que nous apprend l’assassinat de Samuel Paty sur la laïcité et l’enseignement ? » Gaëlle Paty, sœur de l’enseignant assassiné, échangera avec les auteurs Valérie Igounet et Guy Le Besnerais autour du procès des complices. Histoire, émotion et leçons de vie se croiseront dans ce moment unique.

Géopolitique et langues du pouvoir
Christine Ockrent décortique le vocabulaire de Donald Trump à travers un dictionnaire inédit. Son analyse démontre comment l’inculture, la brutalité et le narcissisme se transforment en armes de séduction et de sujétion politique. Une grille de lecture indispensable dans le contexte actuel.
André Markowicz, traducteur de la grande littérature russe (Dostoïevski, Tchekhov, Gogol, Pouchkine), écrivain et intellectuel engagé, soulève une hypothèse dérangeante : « Et si l’Ukraine libérait la Russie ? » Il y abordera la capitulation européenne face à Poutine et les renoncements américains sous Trump.
Olivier Mannoni, journaliste et traducteur de textes du IIIe Reich, explore un terrain glissant : « Comment un régime totalitaire se met en place par la langue ? » Sa perspective de critique littéraire et biographe éclaire les mécanismes linguistiques de l’oppression.

Guerre, témoignage et reconstruction
Nicolas Delesalle, reporter de guerre, interroge frontalement son métier : « Un reporter de guerre peut-il ou doit-il être objectif ? » Une question cruciale alors que les conflits se multiplient.
Velibor Čolić livre un témoignage bouleversant le 31 janvier. Né en Bosnie-Herzégovine en 1964, enrôlé puis déserteur de l’armée croato-bosniaque, il s’est réfugié à Strasbourg avant de rejoindre la Belgique, refusant l’horreur d’un monde qui sombrait. Son dernier ouvrage Guerre et Pluie (Gallimard, 2024) explore mémoire, survie et dignité humaine. Il questionnera : « La littérature peut-elle réparer ce que la guerre a détruit ? » François Wolfermann recommande particulièrement cette rencontre.
Démocratie fragile en période électorale
À l’approche des municipales et des présidentielles 2027, Edwy Plenel pose une question vertigineuse : « L’élection peut-elle devenir le laisser-passer d’un pouvoir anti-démocratique ? » Le cofondateur et ancien directeur de Mediapart, figure du journalisme d’investigation, apporte son expertise des dérives démocratiques.
Pratique : comment participer ?
Rendez-vous à l’auditorium de la BNU, du 24 janvier au 1er février 2026. Toutes les rencontres sont gratuites et ouvertes à tous. Programme complet
