Ce mardi 20 janvier 2026, Strasbourg s’est transformée en épicentre de la contestation agricole avec l’arrivée de 700 à 900 tracteurs venus de France et de 17 pays européens. Devant le Parlement européen, dans le quartier du Wacken, plusieurs milliers d’exploitants se sont rassemblés pour protester contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur, récemment signé au Paraguay.
La mobilisation, orchestrée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, a démarré dès 8 heures du matin. Les premiers manifestants de la Coordination rurale, venus d’Alsace et du Grand Est, sont arrivés à pied avec leurs bonnets jaunes, suivis à partir de 9 heures par les convois de tracteurs. Le rendez-vous était fixé place de Bordeaux avant de converger vers les institutions européennes.
Tensions et affrontements : l’après-midi tourne à l’échauffourée
Si la matinée s’est déroulée dans le calme, la situation a basculé vers 14h40 lorsque des échauffourées ont éclaté devant le Parlement européen. Des manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes et un canon à eau. Les affrontements ont duré une vingtaine de minutes avant un retour au calme aux alentours de 15 heures.
Plusieurs cordons de CRS ont bloqué l’accès direct au Parlement européen tout au long de la journée, maintenant les agriculteurs à quelques dizaines de mètres de l’entrée du bâtiment. Malgré ces tensions, la mobilisation a globalement conservé son caractère pacifique, avec de nombreuses prises de parole et l’intervention de personnalités politiques venues soutenir les manifestants.
Le Mercosur au cœur de toutes les colères
L’accord UE-Mercosur, validé par la Commission européenne en septembre dernier puis par le Conseil de l’UE le 9 janvier, prévoit de supprimer 90 % des droits de douane entre ces deux régions du monde, qui génèrent 30 % du commerce mondial et abritent 700 millions d’habitants. Le texte doit encore être soumis au Parlement européen au printemps 2026.
Pour les agriculteurs français et européens, ce traité constitue une menace existentielle. Les éleveurs, particulièrement mobilisés, dénoncent une concurrence déloyale avec des pays sud-américains appliquant des normes environnementales et sanitaires beaucoup plus souples. Les pesticides interdits en Europe, les hormones de croissance ou encore les conditions d’élevage intensif pratiquées au Brésil et en Argentine cristallisent les inquiétudes.
Devant le Parlement européen, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a interpellé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en déclarant que les annonces récentes ne sont pas suffisantes et que les agriculteurs ont besoin d’une vision, pas seulement d’argent.

Un espoir : la saisine de la Cour de justice européenne
Ce mercredi 21 janvier, les eurodéputés voteront sur la pertinence de saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour contester ou vérifier la conformité de l’accord avec les traités européens. Cette résolution, déposée par 150 députés, pourrait geler le processus de ratification du traité jusqu’à l’avis de la cour.
C’est précisément pour peser sur ce vote crucial que les agriculteurs ont choisi de passer la nuit sur place. Gérard Lorber, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a confirmé que les exploitants s’organisent pour dormir sur place et maintenir la pression sur les eurodéputés.

Strasbourg paralysée, le Bas-Rhin mobilisé
L’ampleur de la mobilisation a provoqué d’importantes perturbations dans toute l’agglomération strasbourgeoise. La préfecture du Bas-Rhin a recommandé d’anticiper ses déplacements, les perturbations ayant débuté dès 6 heures du matin, essentiellement sur les axes entrants dans Strasbourg et toute la journée dans le secteur du Parlement européen.
Le réseau de transports en commun a été fortement impacté. La ligne de tramway B entre les stations République et Pont Phario et la ligne E entre République et Robertsau l’Escale n’ont pas été desservies, tandis que la circulation des bus a été interrompue sur l’ensemble de la ligne H.
La circulation a été interdite du mardi 20 janvier à 8h au mercredi 21 janvier à 20h sur plusieurs voies du quartier du Wacken, obligeant les Strasbourgeois à revoir leurs itinéraires habituels.

Une mobilisation venue de toute la France
Dès lundi après-midi, 37 tracteurs venus de Haute-Saône sont partis de Lure en direction de Strasbourg, accueillis le soir à Sélestat par les Jeunes agriculteurs d’Alsace. Des convois similaires ont convergé depuis toute la France : Yonne, Seine-et-Marne, Loiret, Territoire de Belfort, mais aussi d’Allemagne, de Pologne, d’Italie et de 14 autres pays européens.
Les organisateurs avaient retardé leur arrivée en ville à 10 heures pour ne pas pénaliser les personnes se rendant au travail, soucieux de gêner le moins possible tout en restant visibles pour être entendus.
Cette dimension européenne de la contestation montre que la colère agricole dépasse largement les frontières françaises et témoigne d’un rejet massif de cet accord commercial à travers tout le continent.
