À deux mois des élections municipales de Strasbourg, prévues les 15 et 22 mars 2026, le paysage politique se redessine de manière spectaculaire. Trois communiqués publiés cette semaine révèlent des stratégies contrastées : tandis que la droite strasbourgeoise multiplie les appels à l’union, la gauche affiche ses divisions au grand jour.

L’UDR et le RN scellent une alliance historique

Dans un communiqué daté du 15 janvier 2026, Virginie Joron, députée européenne et candidate du Rassemblement National, et David Saglamer, responsable UDR du Bas-Rhin, annoncent officiellement leur alliance pour les municipales strasbourgeoises. Cette coalition inédite entre l’UDR et le RN marque un tournant dans la vie politique locale.

David Saglamer, ancien conseiller régional issu des Républicains, justifie ce choix par la volonté de « construire une alternative cohérente et efficace au service des Strasbourgeois ». L’alliance affiche des priorités concrètes : le retour de l’autorité pour garantir la sécurité, le pouvoir d’achat, le soutien aux commerces et artisans, la maîtrise de l’urbanisme respectueuse du patrimoine, et la préservation de l’identité alsacienne.

L’objectif affiché est clair : « offrir une alternative crédible, responsable et enracinée face à la politique actuellement menée dans notre ville » et faire en sorte que « Strasbourg redevienne le phare de l’Alsace ».

Jean-Philippe Vetter appelle à l’union de la droite républicaine

Quelques jours plus tôt, Jean-Philippe Vetter, candidat Les Républicains, lançait lui aussi un appel à l’union, mais sur un segment politique différent. Dans une déclaration sur Facebook, il exhorte Pierre Jakubowicz et son équipe à « faire une liste commune avant le premier tour ».

Le candidat LR se présente à la tête d’une « équipe fondée sur la diversité des sensibilités, qui rassemble des élus expérimentés issus de la droite républicaine jusqu’aux socio-démocrates, en passant par le centre ». Mais pour lui, il faut « aller plus loin encore dans l’union » et « proposer une offre unique sur le segment de la droite républicaine aux socio-démocrates ».

Jean-Philippe Vetter insiste sur l’urgence : « l’expérience a toujours montré que les arrangements de dernière minute ne peuvent pas convaincre ». Son objectif est clair : « assurer une alternance, et éviter le renouvellement du désastre de l’équipe conduite par Jeanne Barseghian ». Il affirme avoir « cette volonté de façon immense et déterminée ».

La maire sortante rejette toute alliance avec LFI

Du côté de la gauche, c’est la discorde. Selon Florian Kobryn, candidat de La France Insoumise aux municipales strasbourgeoises, Jeanne Barseghian, maire sortante écologiste, aurait déclaré lors d’une rencontre avec le CRIF Alsace le dimanche 11 janvier : « Je ne souhaite pas d’alliance avec La France insoumise ».

Cette position, révélée publiquement par le candidat LFI, provoque une riposte immédiate. Florian Kobryn dénonce cette perspective qui « constituerait une très mauvaise nouvelle pour les Strasbourgeoises » et leurs droits. Il prend acte de cette déclaration tout en annonçant que sa liste « recherchera, dès le soir du premier tour, l’union sans exclusive » avec tous ceux qui veulent porter « un tournant populaire, la justice sociale, une écologie inclusive et une démocratie citoyenne renouvelée ».

Un appel au vote stratégique dès le premier tour

Le candidat insoumis appelle les électeurs de gauche à « voter massivement, dès le premier tour de l’élection municipale, pour la liste ‘Strasbourg fière et solidaire’ ». Sa stratégie : plus le score du 15 mars sera élevé, plus les conditions d’une union autour d’un programme de gauche radicale seront réunies pour le second tour.

Florian Kobryn s’engage à « œuvrer pour le rassemblement » au service d’une ville « plus juste, fière et solidaire », se positionnant en tête de la gauche au premier tour, contrairement à la maire sortante qui, selon lui, prendrait le risque de « remettre les clés de la mairie à la droite ou au centre ».

Un scrutin éclaté qui complique la lisibilité

La droite strasbourgeoise présente donc au moins deux stratégies distinctes : d’un côté, l’alliance RN-UDR de Virginie Joron et David Saglamer ; de l’autre, l’appel de Jean-Philippe Vetter à une union centrée sur la droite républicaine et les socio-démocrates, excluant de facto le Rassemblement National. Cette division traduit les lignes de fracture persistantes au sein des droites strasbourgeoises sur la question de l’alliance avec le RN.

À gauche, la rupture entre EELV et LFI semble consommée, augmentant le risque de dispersion des voix progressistes au premier tour.

Un scrutin qui s’annonce crucial pour l’avenir de Strasbourg

Ces positionnements stratégiques dessinent un scrutin fragmenté : plusieurs listes de droite dont une alliance RN-UDR, une gauche éclatée entre EELV et LFI, et probablement un centre incarné par d’autres candidatures. La capitale alsacienne s’apprête à vivre une campagne électorale intense, où les questions de sécurité, de pouvoir d’achat, d’identité locale et de justice sociale occuperont le devant de la scène.

Les Strasbourgeois devront trancher lors de ce scrutin déterminant pour l’avenir de leur ville, dans un contexte de recomposition politique inédit marqué par des appels contradictoires à l’union.