Le 13 janvier, la mairie de Strasbourg et le parquet ont signé un protocole créant un dispositif de « rappel à l’ordre » destiné aux mineurs. Bien que présenté comme une action de prévention, ce dispositif soulève de nombreuses questions.
Des convocations sans plainte ni infraction
Ce dispositif autorise le maire et ses élus à convoquer un mineur pour le réprimander, même en l’absence totale de plainte, d’infraction pénale ou de procédure judiciaire. La décision de convoquer et l’évaluation de la gravité des faits dépendent uniquement du jugement des élus municipaux. Cette situation crée un risque d’arbitraire préoccupant, d’autant qu’aucun critère public et opposable n’encadre l’application de la mesure. Des cas similaires pourraient ainsi être traités de manière inégale selon les circonstances ou l’interprétation des élus, alimentant les craintes sur l’équité du dispositif et son caractère potentiellement arbitraire.
Pourtant, ces élus ne possèdent pas de formation aux missions de justice, de médiation familiale ou de psychologie de l’enfant. Ces compétences appartiennent normalement à des professionnels qualifiés — magistrats, éducateurs, travailleurs sociaux ou médiateurs — qui interviennent dans des cadres déontologiques et juridiques stricts. Le dispositif crée donc une confusion entre fonctions politiques, éducatives et quasi-judiciaires, soulevant des doutes sur la légitimité et la sécurité de cette intervention auprès de mineurs.
De plus, le rappel à l’ordre ne constituant pas une procédure judiciaire, il ne permet ni assistance juridique, ni possibilité de recours, ni débat contradictoire : les enfants concernés n’ont aucun moyen de se défendre.

Une prévention – réprimande ?
La municipalité présente le dispositif comme éducatif et préventif. Dans les faits, il se limite à une convocation officielle qui s’apparente à une réprimande, ce qui risque de produire l’effet inverse de celui recherché : peur, sentiment d’injustice, méfiance envers les institutions.
En outre, en se concentrant exclusivement sur les comportements individuels, ce dispositif ignore les causes structurelles des difficultés que rencontrent ces mineurs : précarité, manque de moyens éducatifs, insuffisance de l’accompagnement social.
Mais un investissement autrement plus long qu’une convocation, serait nécessaire pour répondre à ces situations complexes.

Entre incivilités invoquées et sous-effectif dénoncé
Un épisode récent illustre cette problématique. Durant l’été caniculaire de 2025, plusieurs piscines municipales avaient été fermées suite à des agressions. La mairie avait alors mis en avant des « incivilités de jeunes » pour justifier ces fermetures. Pourtant, le responsable syndical de la CGT dénonçait un tout autre problème : un manque criant de personnel de médiation et de maîtres-nageurs, résultat des coupes budgétaires. Les jeunes s’étaient ainsi retrouvés désignés comme responsables de dysfonctionnements relevant, selon le syndicat, d’un sous-effectif chronique et d’un manque de moyens.

La sécurité, sujet brulant des élections
La signature du protocole survient deux mois avant les élections municipales de 2026, période durant laquelle les thèmes de la sécurité et de l’ordre public sont particulièrement présents dans le débat public. La mise en place d’un dispositif aussi visible à l’approche du scrutin peut renforcer la perception d’une action politique symbolique, indépendamment de son efficacité réelle sur le terrain. Cette temporalité alimente donc les interrogations sur la possible double fonction — préventive et politique — du rappel à l’ordre.

Une ironie relevée sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, certains commentaires soulignent une ironie entre ce nouveau dispositif et l’affaire Polesi qui a récemment défrayé la chronique. La municipalité se permet de convoquer des mineurs pour des comportements qui ne constituent pourtant pas d’infractions pénales, au nom de la prévention et de l’exemplarité. Mais, pour ces observateurs, dans l’affaire Polesi, la maire et ses adjoints n’auraient pas agi avec exemplarité, du fait qu’ils étaient informés depuis plusieurs années des faits de violences sexuelles et sexistes commis par leur collègue élu : une promptitude à rappeler à l’ordre des enfants , mais une lenteur à sanctionner un élu pour des faits autrement plus graves.
