L’évacuation du campement de Krimmeri, installé près du stade de la Meinau, n’était pas une surprise pour la Ville de Strasbourg. Propriétaire du terrain, la municipalité avait elle-même demandé son démantèlement. Début décembre, le tribunal administratif a validé cette demande, sans toutefois fixer de date précise.
Une opération menée dans la précipitation
Le 8 janvier, l’opération a été menée par la préfecture dans la précipitation, en début d’après-midi. Les habitants du campement, dont de nombreux enfants, n’avaient pas été prévenus : certains étaient à l’école, d’autres au travail. Ils ont dû quitter les lieux immédiatement, laissant derrière eux des affaires personnelles difficiles à rassembler : vêtements, couvertures, matelas, médicaments, objets de cuisine et nourriture. Les tentes ont été démontées sur place, sans qu’aucune solution d’hébergement n’ait été anticipée.

Des familles dispersées et livrées au froid hivernal
Les suites de l’évacuation ont été très inégales. Certaines personnes ont bénéficié d’un hébergement temporaire, d’autres ont été orientées vers le Centre d’aide au retour de Bouxwiller. Plusieurs familles, y compris avec enfants, se sont toutefois retrouvées à nouveau à la rue, exposées au froid hivernal et à la neige. Pour elles, la précarité s’est encore accentuée : la perte du peu qu’elles possédaient au campement les place désormais dans une situation plus dégradée qu’avant l’évacuation.
Un renvoi de responsabilités entre acteurs publics
Cette séquence met en lumière une gestion institutionnelle contestable. La Ville sollicite l’évacuation du campement, sans prévoir de dispositif concret pour les familles concernées, puis souligne publiquement les insuffisances de l’État en matière d’hébergement d’urgence. Dans cet intervalle, les conséquences humaines sont immédiates et bien réelles pour les personnes évacuées.
Si l’État apparaît en difficulté pour répondre aux besoins d’hébergement, la municipalité, en tant que propriétaire du terrain et initiatrice de la procédure, n’a pas non plus anticipé les effets directs de sa demande, donnant à voir un récit dans lequel elle apparaît tout aussi démunie face à cette situation que les familles dont elle a exigé le départ.

Des choix politiques aux conséquences humaines
Cette situation alimente un renvoi de responsabilités entre acteurs publics, au détriment des familles concernées. Lorsque la collectivité engage une procédure d’évacuation sans prévoir de suites pour les personnes expulsées, il s’agit d’un choix politique, dont les conséquences sont supportées par les plus vulnérables.
Le campement de Krimmeri illustre ainsi un mécanisme récurrent : des décisions administratives sont prises, leurs effets humains sont immédiats, et la responsabilité de leur prise en charge est renvoyée à d’autres acteurs. Il ne s’agit pas seulement de tentes démontées, mais de conditions de survie déjà fragiles, et de familles, avec enfants, laissées dans l’incertitude, le froid et l’instabilité.
