Alors que trois candidats aux élections municipales de Strasbourg subissent déjà des attaques racistes sur les réseaux sociaux, une illustration publiée ce dimanche 29 décembre dans les Dernières Nouvelles d’Alsace soulève une question dérangeante : pourquoi aucun candidat issu de la diversité n’apparaît-il dans la représentation de la course électorale strasbourgeoise ?

Trois candidats, une même cible : le racisme en ligne

Mohamed Sylla (Utiles), Cem Yoldas (Strasbourg c’est nous !) et Fahad Raja Muhammad (Mouvement Populaire Indépendant) ont un point commun au-delà de leur engagement politique : ils sont victimes de commentaires haineux et racistes sur les réseaux sociaux. Ces attaques, dénoncées par l’antenne locale de SOS Racisme, s’inscrivent dans un climat préoccupant où l’origine ethnique devient un prétexte à la disqualification politique.

Caroline Soubiès, secrétaire générale de l’association, tire la sonnette d’alarme sur ces comportements qui visent à délégitimer des candidats en raison de leur nom ou de leur apparence, plutôt que de débattre de leurs programmes.

Une illustration qui en dit long : qui mérite d’être représenté ?

Ce même dimanche, Yannick Lefrançois, illustrateur régulier des DNA et collaborateur du média Franc Tireur, publie son dessin politique hebdomadaire. Le concept : une galette des rois baptisée « Strasbourg », autour de laquelle se pressent les candidats aux municipales de 2026.

Sur l’illustration figurent Jeanne Barseghian, Catherine Trautmann, Thibaut Vinci, Florian Kobryn, Pierre Jakubowicz, Jean-Philippe Vetter et Virginie Joron. Sept visages, sept candidats… tous blancs. Aucun des trois candidats issus de la diversité – pourtant victimes de racisme et pleinement engagés dans la campagne – n’apparaît dans cette représentation de la vie politique strasbourgeoise.

Un choix éditorial qui interroge

Hasard ? Contrainte d’espace ? Choix éditorial assumé ? L’absence totale de Mohamed Sylla, Cem Yoldas et Fahad Raja Muhammad dans cette illustration pose question. Dans un contexte où ces trois hommes subissent déjà une forme d’effacement par le racisme en ligne, leur invisibilité dans une représentation médiatique majeure prend une dimension symbolique troublante.

Pour Mohamed Sylla, Cem Yoldas et Fahad Raja Muhammad, la situation est paradoxale et cruelle. D’un côté, ils sont hyper-visibles en tant que cibles de commentaires racistes. De l’autre, ils sont invisibles quand il s’agit de les représenter dignement dans l’espace médiatique comme des acteurs légitimes du débat démocratique.

Cette double dynamique – stigmatisation d’une part, effacement d’autre part – révèle les mécanismes profonds du racisme systémique. On les voit quand il s’agit de les attaquer, on ne les voit plus quand il s’agit de les reconnaître comme des figures politiques à part entière.

Strasbourg face à ses contradictions

Strasbourg, ville symbole du vivre-ensemble européen, capitale des droits de l’homme, se retrouve confrontée à ses propres contradictions. Comment prétendre incarner la diversité et l’ouverture quand les candidats issus de l’immigration sont à la fois insultés en ligne et absents des représentations médiatiques du débat politique ?

La question n’est pas seulement celle de la responsabilité individuelle d’un illustrateur ou d’un média. Elle concerne l’ensemble de l’écosystème médiatique et politique local : qui décide de la visibilité ? Selon quels critères ? Et surtout, quelles conséquences cet effacement a-t-il sur la démocratie strasbourgeoise ?

Un débat nécessaire sur la représentation

SOS Racisme a raison de dénoncer les propos haineux en ligne. Mais le combat contre le racisme ne peut se limiter aux insultes explicites. Il doit aussi interroger les formes plus subtiles d’exclusion : celles qui consistent à ne pas représenter, à ne pas montrer, à ne pas donner la même place médiatique à tous les candidats.

Yannick Lefrançois, illustrateur talentueux habitué des tribunes politiques (notamment dans Franc Tireur), a-t-il conscience de ce que son dessin peut signifier dans le contexte actuel ? Les DNA, en publiant cette illustration, ont-ils mesuré l’impact symbolique de cette absence ?

Le débat mérite d’être posé ouvertement, sans procès d’intention, mais avec lucidité. Car dans une société démocratique, la représentation médiatique n’est pas un détail : elle forge les imaginaires, légitime certaines présences, en invalide d’autres.

Mohamed Sylla, Cem Yoldas et Fahad Raja Muhammad ne demandent ni privilège ni protection. Ils demandent simplement d’être traités comme ce qu’ils sont : des candidats aux municipales de Strasbourg, au même titre que tous les autres. Ni plus, ni moins.