Pendant que le reste de la France retourne au travail dès le lendemain de Noël, les salariés du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle profitent d’un jour férié supplémentaire. Ce privilège trouve ses racines dans l’histoire mouvementée de l’Alsace-Moselle et témoigne d’une exception juridique qui perdure depuis plus d’un siècle.
La Saint-Étienne, héritière d’une tradition germanique
Le 26 décembre célèbre la Saint-Étienne, en mémoire du premier martyr chrétien selon le Nouveau Testament. Dans la tradition d’influence germanique, ce « deuxième jour de Noël » (Zweiter Weihnachtstag) prolonge naturellement les festivités du 25 décembre, avec une dimension familiale et conviviale marquée.
Cette célébration s’inscrit dans la continuité directe de Noël, permettant aux familles de se retrouver sur deux jours consécutifs. Une pratique courante dans de nombreux pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore l’Italie, mais qui reste exceptionnelle en France métropolitaine.

Un héritage du droit local alsacien-mosellan
L’Alsace-Moselle bénéficie de 13 jours fériés par an, contre 11 dans le reste de la France. Cette particularité s’explique par un statut juridique unique : le droit local, hérité de la période d’annexion allemande entre 1871 et 1918.
Pendant près d’un demi-siècle, ces trois départements ont été intégrés à l’Empire allemand. Le « second jour de Noël » y était alors férié, tout comme le Vendredi saint. Lorsque l’Alsace-Moselle est revenue à la France après la Première Guerre mondiale, ces dispositions ont été maintenues dans le corpus législatif local.

Des origines juridiques qui remontent à 1892
La reconnaissance officielle de ces jours fériés trouve son fondement dans une ordonnance ministérielle de 1892, elle-même basée sur un Code local des professions issu d’une loi d’Empire de 1900. Ces textes ont traversé les décennies et figurent aujourd’hui à l’article L.3134-13 du Code du travail français, qui énumère explicitement le 26 décembre et le Vendredi saint comme jours fériés en Alsace-Moselle.
Cette persistance légale illustre la volonté de préserver une identité culturelle et historique propre à ces territoires, malgré les bouleversements du XXe siècle.
Une exception française née de la loi de 1905
L’histoire aurait pu être différente. Avant 1905, la Saint-Étienne était fériée dans toute la France. Mais la loi de séparation des Églises et de l’État a simplifié le calendrier des jours fériés nationaux, supprimant notamment le 26 décembre.
L’Alsace-Moselle, alors sous administration allemande, n’a pas été concernée par cette réforme. Résultat : ces départements ont conservé un jour férié que le reste du pays a perdu il y a plus d’un siècle. Une situation paradoxale qui fait aujourd’hui figure de privilège pour les salariés de Strasbourg, Mulhouse, Colmar ou Metz.

Un régime protecteur pour les salariés
En droit local alsacien-mosellan, le statut du 26 décembre est aligné sur celui du dimanche. Le travail y est en principe interdit dans l’industrie et le commerce, sauf dérogations prévues par la réglementation ou les conventions collectives.
Cette protection va plus loin que dans le reste de la France, où seul le 1er mai est obligatoirement chômé par la loi. En Alsace-Moselle, l’ensemble des jours fériés locaux bénéficient de ce statut protecteur, garantissant aux salariés un repos effectif.
Le Code du travail précise même que la journée de solidarité ne peut pas être fixée le 26 décembre dans ces départements, préservant ainsi le caractère pleinement férié de la Saint-Étienne.
Une tradition vivante à Strasbourg et dans le Bas-Rhin
À Strasbourg et dans tout le Bas-Rhin, ce jour férié s’inscrit dans le prolongement naturel du marché de Noël et des festivités de fin d’année. Les commerces du centre-ville sont fermés, les administrations également, et les Strasbourgeois profitent de cette journée pour passer du temps en famille.
Cette exception alsacienne-mosellane rappelle que derrière les codes du travail se cachent des histoires de territoires, d’identités et de traditions. Un particularisme qui continue de marquer le quotidien des habitants de Strasbourg et de l’ensemble de l’Alsace-Moselle.
