Un document d’impact sur la politique de stationnement strasbourgeoise provoque une vive polémique. Au cœur des critiques : l’accès aux soins et les difficultés des publics fragiles face aux nouvelles contraintes de circulation.

Un rapport qui surgit dans un climat déjà tendu

Ce rapport d’analyse évalue les conséquences concrètes du nouveau plan de circulation et de stationnement mis en place à Strasbourg. Le document arrive dans un contexte particulièrement sensible : après plusieurs années de durcissement progressif du stationnement payant, avec une hausse des tarifs, l’extension massive des zones payantes et la réduction des places bon marché.

Le timing interpelle. En 2023, les recettes de stationnement ont bondi de 19% dans la capitale alsacienne, avec une forte montée en puissance des zones rouges, les plus onéreuses, tandis que les places en zone verte, les moins chères, se raréfiaient drastiquement.

L’accès aux soins au centre des préoccupations

Le cœur du rapport porte un diagnostic sévère sur l’impact de cette politique pour les personnes âgées, malades ou à mobilité réduite. Les difficultés recensées sont multiples : impossibilité de se garer à proximité des cabinets médicaux, des centres de santé ou des hôpitaux, crainte permanente des contraventions, coût prohibitif du stationnement pour des consultations régulières.

Plus préoccupant encore : le rapport évoque des rendez-vous médicaux manqués ou reportés, des renoncements à certains déplacements de soin, et des complications pour les professionnels de santé libéraux et les intervenants à domicile qui peinent à trouver des places près de leurs patients. Le constat est brutal : la réforme aurait créé une rupture d’accès aux soins pour ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture.

Des quartiers comme le Neudorf ou l’Orangerie, récemment passés au stationnement payant, cristallisent particulièrement les tensions. Les habitants y dénoncent une politique perçue comme financièrement pénalisante et socialement inégalitaire.

Entre objectifs écologiques et réalités de terrain

Les analyses de l’Adeus (Agence de développement et d’urbanisme de Strasbourg) rappellent que les objectifs officiels visent à réduire l’usage de la voiture individuelle, favoriser les stationnements de courte durée et encourager le report vers les parkings-relais. Une ambition de transition écologique claire.

Mais le rapport met en lumière un décalage grandissant entre ce discours et la perception des usagers. Pour nombre d’entre eux, notamment les publics fragiles sans alternative à la voiture, la réforme ressemble davantage à une mesure punitive qu’à une véritable politique de mobilité durable et inclusive.

Une récupération politique explosive

Sans surprise, le document est devenu une arme politique. Des élus d’opposition, notamment du Rassemblement national, le brandissent comme la preuve chiffrée de l’échec de la politique de mobilité portée par la majorité écologiste. Sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, les critiques fusent, dénonçant un « bilan accablant » sur l’accessibilité de la ville.

Le rapport tombe alors que la Ville et l’Eurométropole poursuivent leur réforme : mise en place d’un observatoire du stationnement, création d’une société publique locale pour reprendre la gestion en 2025 après la fin du contrat avec Streeteo, et poursuite de l’extension du stationnement payant. De quoi alimenter les débats à l’approche des prochaines échéances politiques.

Des questions restent en suspens

Si le rapport soulève des problématiques légitimes, notamment sur l’équité sociale et l’accès aux services essentiels, il interroge aussi sur les solutions possibles. Comment concilier transition écologique et besoins des personnes à mobilité réduite ? Quelle place pour les professionnels de santé dans cette nouvelle configuration ? Les parkings-relais et les transports en commun peuvent-ils réellement constituer une alternative pour tous ?

La Ville devra répondre à ces questions, sous peine de voir le fossé se creuser entre ses ambitions environnementales et l’adhésion d’une partie de la population. Car au-delà des clivages politiques, c’est bien la question du vivre ensemble et de l’accessibilité urbaine qui se pose à Strasbourg.