L’association Strasbourg Action Solidarité, qui organise des maraudes pour les sans-abri à la gare de Strasbourg, est au cœur d’une polémique après avoir qualifié une bénéficiaire de ses distributions de « charmante excitée voilée » sur Facebook. Mais loin d’être un dérapage isolé, cette publication révèle une ligne éditoriale hostile aux femmes voilées, maintenue de manière obsessionnelle depuis octobre 2021.
Un historique accablant : quatre ans d’acharnement
Les publications de l’association contre le voile ne se comptent plus. En octobre 2021, l’association écrivait déjà sur X : « Les mêmes vont nous dire que la France est un pays raciste. En attendant le voile entre de partout à l’hôpital, pour le moment il se cache sous des charlottes qui ne trompe personne, mais demain…«
En janvier 2022, le même message était republié mot pour mot. Puis à nouveau en février 2022. Cette répétition systématique témoigne d’une fixation inquiétante.
En mai 2022, le ton se durcit : « Le voile dans les services publics, oui ça fait vraiment chier. De plus c’est illégal, si toutefois vous comprenez le terme. »
En janvier 2023, nouvelle publication virulente : « Après le voile au tribunal, le voile à l’école, voici le voile et le sport. Marre 🤬« .
Et en octobre 2025, l’incident de la « charmante excitée voilée » vient couronner quatre années de publications haineuses ciblant spécifiquement les femmes portant le voile.

Qui gère ces comptes et avec quelle légitimité ?
Une question fondamentale se pose : qui est la personne responsable de la gestion des réseaux sociaux de Strasbourg Action Solidarité ? De quelle autorité dispose-t-elle pour engager ainsi l’image de toute une association dans des prises de position aussi clivantes et stigmatisantes ?
Dans toute structure associative sérieuse, la communication officielle fait l’objet d’une validation collective, notamment lorsqu’elle aborde des sujets aussi sensibles que la religion ou l’apparence vestimentaire. Comment cette personne se permet-elle de publier, au nom de l’association, des messages qui insultent directement une partie des bénéficiaires, des bénévoles et de la population strasbourgeoise ?
Ces publications ne sont pas des opinions personnelles partagées sur un compte privé : elles sont diffusées sur les comptes Facebook / X officiel de l’association, engageant ainsi la responsabilité de l’ensemble de la structure et de ses membres.
Les bénévoles sont-ils complices ou ignorants ?
Au-delà de la personne gérant les réseaux sociaux, c’est l’ensemble du fonctionnement associatif qui est mis en cause. Les bénévoles de Strasbourg Action Solidarité sont-ils informés que leur engagement humanitaire sert de façade à cette propagande anti-voile ? Ont-ils validé collectivement cette ligne éditoriale ? Sont-ils d’accord avec ces messages haineux publiés en leur nom ?
Le paradoxe est d’autant plus choquant que des femmes voilées participent régulièrement aux maraudes organisées par l’association devant la gare de Strasbourg. Ces bénévoles donnent de leur temps, de leur énergie, pour aider les plus démunis aux côtés d’une structure qui, parallèlement, les insulte publiquement sur les réseaux sociaux.
Mais la question dépasse même ces bénévoles directement visées. Qu’en est-il de tous les autres membres actifs de l’association ? Cautionnent-ils ces publications ? Les ont-ils seulement lues ? Savent-ils que leur nom, leur engagement, leur énergie sont associés à ce discours de stigmatisation ?

Une hypocrisie institutionnalisée
Dans la biographie de son compte Facebook, Strasbourg Action Solidarité revendique fièrement être « pas confessionnelle, affiliée à aucun parti politique« , avec pour slogan : « Nous sommes là pour offrir une chance à ceux qui n’ont pas pu l’avoir. Tous ensemble main dans la main.«
« Tous ensemble main dans la main« , vraiment ? Comment peut-on prétendre à l’universalité de l’aide humanitaire tout en ciblant systématiquement, depuis quatre ans, une catégorie spécifique de femmes sur les réseaux sociaux ? Comment peut-on se dire « pas confessionnelle » tout en multipliant les attaques contre une pratique religieuse particulière ?
Cette contradiction n’est pas un simple écart de communication : c’est une hypocrisie structurelle qui mine la crédibilité de l’association et trahit les valeurs affichées.

Des réactions qui en disent long
Les commentaires sous la dernière publication Facebook sont révélateurs. Certains, comme Dominique, se déchaînent : « Qu’elle aille chez les voilées et qu’elle nous laisse tranquille. Nous sommes en France ! » Yolande surenchérit : « Si l’excitée voilée n’est pas contente, elle peut rejoindre ses ‘sœurs’ voilées dans son pays d’origine 😉« .
D’autres voix s’élèvent heureusement. Fayza exprime sa déception : « C’est quoi l’intérêt ‘une femme voilée’ ???? Vous êtes content des commentaires racistes ? Vraiment déçu de vous !! » Christelle s’interroge sur la stratégie : « Quel intérêt de marquer voilée ? Faire du buzz avec des commentaires pas très sympas ?«
Ces réactions soulignent que même une partie du public de l’association ne comprend pas cette obsession pour le voile, qui n’a strictement aucun rapport avec la mission caritative annoncée.

Partenaires publics : un droit de regard nécessaire
Strasbourg Action Solidarité ne fonctionne pas en vase clos. Comme beaucoup d’associations caritatives, elle bénéficie probablement de subventions publiques, de partenariats avec la Ville de Strasbourg, l’Eurométropole ou la région. Elle peut également compter sur des dons de particuliers et d’entreprises qui croient soutenir une cause noble et universelle.
Ces partenaires financiers et institutionnels sont-ils informés de l’utilisation qui est faite des réseaux sociaux de l’association ? Savent-ils qu’au nom de la solidarité qu’ils financent, des messages de stigmatisation sont diffusés depuis quatre ans ? Valident-ils cette ligne éditoriale ?
Les collectivités publiques, soumises au principe de laïcité et de non-discrimination, peuvent-elles continuer à soutenir une association qui cible publiquement une catégorie de citoyennes en raison de leur pratique religieuse ? Les entreprises et donateurs privés souhaitent-ils que leur générosité soit associée à ce type de discours ?
Une clarification urgente s’impose. Les partenaires de Strasbourg Action Solidarité doivent exiger des comptes sur la gouvernance de la communication de l’association et sur la légitimité de la personne qui engage ainsi publiquement la structure dans des prises de position aussi controversées.

Une dérive incompatible avec l’action caritative
L’aide aux plus démunis ne peut se conjuguer avec la stigmatisation d’une partie de la population. Le travail associatif exige neutralité, respect et ouverture. Depuis 2021, Strasbourg Action Solidarité a franchi une ligne rouge en transformant ses comptes Facebook et X en tribune de dénigrement systématique des femmes voilées.
Cette dérive pose une question simple : peut-on faire confiance à une association qui prétend aider tout le monde tout en désignant publiquement des boucs émissaires ? Peut-on cautionner un engagement humanitaire qui, sur le terrain, accepte l’aide de femmes voilées, mais sur les réseaux sociaux, les insulte et les exclut du corps social ?
Les bénévoles de bonne foi qui donnent leur temps à cette association méritent de savoir au nom de quoi ils agissent. Les bénéficiaires, souvent les plus vulnérables de notre société, méritent d’être aidés par des structures qui respectent la dignité de chacun. Et les Strasbourgeois qui suivent ou soutiennent cette association méritent la transparence sur ses véritables valeurs.
Quatre ans de publications hostiles, ce n’est plus une erreur de communication. C’est une ligne éditoriale assumée qui nécessite une réponse claire des instances dirigeantes de l’association, de ses bénévoles et de ses partenaires.
