Vendredi 10 octobre 2025, place de la Gare à Strasbourg, Catherine Trautmann a officiellement annoncé sa candidature aux municipales de mars 2026. Un quart de siècle après avoir quitté le fauteuil de maire, l’ancienne édile socialiste, aujourd’hui âgée de 73 ans, souhaite reprendre les rênes d’une ville qu’elle juge en plein déclin. Une déclaration qui soulève une question légitime : les Strasbourgeois d’aujourd’hui sont-ils les mêmes qu’en 2001 ?

Catherine Trautmann n’a jamais vraiment quitté la scène politique locale. Élue au conseil municipal depuis 43 ans sans interruption, elle incarne une continuité politique qui peut rassurer certains, mais qui interroge aussi sur la capacité de renouvellement du paysage politique strasbourgeois. « J’ai été encouragée, sollicitée, voire parfois sommée » de me présenter, a-t-elle déclaré, pointant du doigt la demande citoyenne. Mais cette demande est-elle réellement massive ou s’agit-il d’un réseau fidèle de soutiens historiques ?

Un Strasbourg qui a changé, des Strasbourgeois qui ont évolué

En 25 ans, Strasbourg s’est profondément transformée. La ville de 2025 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 2001. Les préoccupations des habitants ont évolué : transition écologique, mobilités douces, inclusion sociale, sécurité, logement… Les nouvelles générations qui votent aujourd’hui n’ont aucune mémoire directe de son mandat. Pour eux, Catherine Trautmann, c’est une figure historique, certes respectée pour avoir lancé le tram en 1994, mais dont l’époque semble lointaine.

Le visage de l’électorat strasbourgeois s’est également rajeuni et diversifié. Les quartiers ont changé, les dynamiques sociales aussi. La ville est plus étudiante, plus connectée, plus exigeante en matière de transparence et de démocratie participative. Face à cela, peut-on sérieusement croire qu’une candidate qui siège au conseil municipal depuis plus de quatre décennies incarne le renouveau et la rupture avec un système politique parfois jugé sclérosé ?

Une candidature sous l’étiquette de l’expérience… ou de la routine ?

Catherine Trautmann mise sur son expérience : ancienne ministre de la Culture sous Lionel Jospin (1997-2000), députée européenne, elle connaît les rouages du pouvoir. Son discours est clair : « remettre de l’ordre », redonner « esprit et fierté » à Strasbourg. Ses priorités — éducation, sécurité, logement, mobilités — sont classiques, rassembleuses, mais aussi attendues. Rien de vraiment surprenant ou innovant dans ce programme bâti, dit-elle, sur une large consultation citoyenne menée ces dernières semaines.

Sauf que ce discours de la remise en ordre, de la gestion rigoureuse, de l’expérience solide, c’est exactement celui qu’elle portait déjà dans les années 1990. On prend les mêmes et on recommence ? C’est précisément le risque perçu par une partie de l’électorat. Trautmann se présente comme « la candidate d’un projet, pas d’un clan », mais reste solidement ancrée au Parti socialiste, qu’elle sollicite pour obtenir l’investiture. Elle affirme rester candidate quoi qu’il arrive, signe d’une détermination… ou d’une certaine obstination ?

Une concurrence éclatée, une bataille incertaine

La bataille pour Strasbourg s’annonce serrée. Face à Trautmann, deux candidats majeurs se dessinent déjà : Jeanne Barseghian (maire sortante, Les Écologistes) et Jean-Philippe Vetter (Les Républicains). En 2020, Trautmann avait terminé troisième au second tour avec 23,33 % des voix. Un score honorable, mais loin de la victoire. Depuis, Barseghian a installé une politique écologiste qui divise : saluée par certains pour son audace, critiquée par d’autres pour sa gestion jugée brouillonne.

Catherine Trautmann exclut toute alliance avec Les Écologistes et affirme que rien n’est prévu non plus avec LR. Sa stratégie ? Miser sur la mobilisation citoyenne et son image de « maire de cœur des Strasbourgeois », surnom qui lui colle à la peau. Mais cette image, justement, suffit-elle à convaincre une ville qui a tourné la page depuis longtemps ?

Le pari risqué du retour nostalgique

Le retour de Catherine Trautmann peut séduire les nostalgiques d’une certaine époque, ceux qui ont connu son mandat et qui rêvent de retrouver « l’esprit Strasbourg » d’antan. Mais il peut aussi braquer ceux qui attendent du sang neuf, des idées fraîches, une rupture avec une classe politique perçue comme installée et éloignée des réalités du terrain.

Un récent sondage la place en tête des intentions de vote au premier tour. Mais entre intentions et bulletins réels, il y a tout l’espace d’une campagne à mener, d’un projet à défendre, et surtout d’une ville à convaincre qu’elle n’est pas en train de faire un bond de 25 ans en arrière.