Fin août 2025, le diocèse de Strasbourg se retrouve au cœur d’une polémique majeure. Le chanoine Hubert Schmitt, écarté en 2023 suite à une enquête judiciaire pour agression sexuelle présumée sur un ancien enfant de chœur en 1993, est discrètement réintégré comme vicaire général par l’archevêque Pascal Delannoy. Cette nomination intervient sans concertation ni explication publique, provoquant immédiatement l’indignation parmi les fidèles, les victimes et une partie du clergé alsacien, selon Rue89 Strasbourg et La Croix.
La victime présumée avait témoigné publiquement en 2021, accusant le prêtre de faits commis alors qu’il avait 13 ans et était servant de messe à Winkel, dans le Haut-Rhin, rapporte Mediapart. Cette décision de réintégration survient malgré la gravité des accusations et l’absence de clôture définitive des procédures canoniques.
⚖️ Justice civile classée, mais enquête canonique toujours active
Le diocèse affirme que la justice civile a classé l’affaire sans suite le 21 octobre 2024, les faits étant prescrits. Toutefois, Mediapart révèle dans une enquête du 29 septembre 2025 que le diocèse a menti en affirmant que l’enquête canonique interne à l’Église était également close. En réalité, cette enquête venait d’être relancée au moment de la nomination de Schmitt, une dissimulation visant manifestement à maintenir le chanoine à ses fonctions de responsabilité.
Cette manipulation des faits a provoqué une onde de choc dans les milieux catholiques strasbourgeois et au-delà. Le manque de transparence du diocèse alimente les accusations de protection systématique des cadres ecclésiastiques, au mépris de l’accueil des victimes et de la vérité.

✊ Une rébellion inédite au sein du clergé alsacien
Face à cette situation, plusieurs prêtres du diocèse ont franchi un cap inédit. Dans une tribune anonyme publiée dans Tribune Chrétienne début septembre, ils dénoncent une « mafia amicale » et une « gangrène morale » au sein de l’institution diocésaine. Selon L’Alsace, ces ecclésiastiques réclament une visite apostolique, c’est-à-dire une inspection officielle menée par le Vatican, pour faire toute la lumière sur la gestion de l’affaire et les dysfonctionnements structurels du diocèse.
Cette prise de parole publique, rare dans l’Église catholique où la discrétion et la hiérarchie prévalent, témoigne de l’ampleur de la crise de confiance qui secoue le diocèse de Strasbourg. Les tensions, déjà présentes dans les milieux traditionalistes et réformateurs alsaciens, se sont brutalement intensifiées avec cette affaire, comme le souligne Tribune Chrétienne.

📉 Démission sous pression, mais un dossier loin d’être clos
Le 10 septembre 2025, sous la pression médiatique et interne, l’archevêque Pascal Delannoy accepte la démission d’Hubert Schmitt de son poste de vicaire général, comme le confirment Rue89 Strasbourg, RCF et L’Alsace. Néanmoins, le chanoine conserve son titre et continue d’officier comme prêtre dans le diocèse, ce qui ne suffit pas à apaiser les critiques.
Pour beaucoup, ce retrait limité apparaît comme une manœuvre destinée à calmer temporairement les tensions sans réellement sanctionner ni réformer en profondeur. L’archevêché n’a émis aucune communication officielle sur les suites de l’enquête canonique ni répondu à la demande de visite apostolique formulée par les prêtres contestataires.

🌍 Un contexte élargi de crises dans l’Église strasbourgeoise
Cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Selon L’Alsace et Tribune Chrétienne, d’autres personnalités du diocèse, dont le chanoine Bernard Xibaut et l’évêque Gilles Reithinger, sont également sous le feu des projecteurs pour des questions liées à la gestion d’abus ou à des comportements controversés. Selon DNA, leurs retours respectifs provoquent des remous au sein du diocèse. Parallèlement, Après la CIASE et DNA révèlent qu’un professeur de musique lié au diocèse fait l’objet d’une enquête pour abus sexuels à Strasbourg.
Ce climat délétère renforce les appels à une réforme structurelle de la gouvernance diocésaine, à une meilleure écoute des victimes et à une transparence accrue dans le traitement des plaintes. Les fidèles alsaciens, attachés à leur Église locale mais exigeants sur les questions d’éthique et de vérité, attendent des réponses claires et des actes concrets.

🔮 Quelles suites pour le diocèse de Strasbourg ?
L’affaire Hubert Schmitt marque un tournant dans la gestion des scandales d’abus sexuels au sein de l’Église catholique alsacienne. La démission du chanoine, bien qu’obtenue sous pression, laisse persister un profond malaise. Les questions de fond demeurent : comment le diocèse va-t-il reconquérir la confiance des fidèles ? Une visite apostolique sera-t-elle accordée ? L’enquête canonique aboutira-t-elle à des sanctions réelles ?
Pour l’heure, le Vatican n’a pas réagi officiellement. Mais dans les paroisses du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, le silence institutionnel résonne comme un aveu d’impuissance. Les Strasbourgeois, croyants ou non, attendent désormais des comptes et une véritable rupture avec les pratiques d’opacité dénoncées par les prêtres eux-mêmes.
