Le 22 septembre 2025 restera une date symbolique : la France a officiellement reconnu l’État de Palestine lors d’un discours d’Emmanuel Macron à l’ONU. En réaction, près de 80 mairies françaises — de Nantes à Saint-Denis, en passant par Malakoff ou Stains — ont hissé le drapeau palestinien sur leurs frontons municipaux.
Une initiative saluée par certains comme « historique », mais rapidement freinée par le ministère de l’Intérieur qui a rappelé la règle de neutralité des services publics, demandant aux préfets de faire retirer ces drapeaux. Plusieurs tribunaux administratifs ont ainsi été saisis, comme à Malakoff ou Lille, pour ordonner le retrait immédiat des pavoisements.

🏛️ Strasbourg : un choix lumineux plutôt que le drapeau

À Strasbourg, la municipalité de Jeanne Barseghian (EELV) a pris une autre voie. Plutôt que de hisser le drapeau palestinien, elle a décidé d’illuminer la façade de l’Hôtel de Ville, place Broglie, aux couleurs de la Palestine.
Un geste présenté comme un « soutien symbolique aux efforts diplomatiques pour une paix juste et durable », en évitant l’affrontement direct avec l’interdiction préfectorale. Mais la célébration n’a duré qu’une trentaine de minutes : saisie en urgence par le préfet du Bas-Rhin, la justice administrative a ordonné l’extinction immédiate des projecteurs, invoquant une atteinte au principe de neutralité républicaine.

⚖️ Pourquoi pas de drapeau palestinien à Strasbourg ?

Trois raisons principales expliquent ce choix :

  • Une interdiction préfectorale stricte relayant les consignes nationales du ministère de l’Intérieur.
  • Une volonté municipale de respecter le cadre juridique, en privilégiant une illumination temporaire plutôt qu’un pavoisement.
  • Un contexte politique sensible à Strasbourg, capitale européenne, où chaque geste lié au conflit israélo-palestinien résonne fortement.

Ni Mulhouse ni Colmar n’ont pris d’initiative similaire, confirmant la singularité de Strasbourg dans le Grand Est.

🔥 Réactions politiques locales : une polémique immédiate

L’illumination n’a pas manqué de déclencher un torrent de réactions dans la classe politique strasbourgeoise.

  • Jean-Philippe Vetter (LR) a dénoncé une démarche « électoraliste » et « cynique » : « Cela n’est en aucun cas un geste humaniste, c’est un calcul électoral, une mise en scène pour cliver et diviser. […] Le rôle du maire est d’exporter le message de paix de notre ville et non d’importer le conflit sur notre sol. »
  • Pierre Jakubowicz (Strasbourg.eu / Eurométropole) a fustigé une attitude « militante » : « Jeanne Barseghian décide une fois de plus d’agir en militante plutôt qu’en maire. […] Au lieu d’exporter un message de paix, elle importe le conflit dans le cadre de sa primaire avec LFI. Strasbourg doit redevenir un trait d’union, pas une ligne de fracture. »
  • Pernelle Richardot (opposition socialiste) a regretté une décision « démagogique et populiste » : « La paix véritable ne s’exprime pas par l’affichage d’un seul drapeau ou par une illumination. Cette démarche partiale fracture encore plus notre communauté. Strasbourg mérite mieux qu’une approche unilatérale qui attise les tensions. »

🕊️ Entre symbole et tensions

Pour la majorité écologiste, ce geste se voulait humaniste et pacifique, un simple écho local à la reconnaissance nationale de l’État de Palestine. Pour ses opposants, il s’agit au contraire d’une instrumentalisation politicienne risquant de fracturer davantage une ville déjà marquée par des tensions internationales répercutées dans son quotidien.

À Strasbourg comme ailleurs, la reconnaissance de l’État palestinien par la France aura donc eu une traduction locale contrastée : entre solidarité affichée et controverses politiques, entre élans symboliques et contraintes juridiques.