Le 31 mai 1911, une nouvelle page s’écrivait dans l’histoire politique de l’Alsace-Lorraine. Ce jour-là, le Parlement impérial allemand adoptait une Constitution spécifique pour le territoire, alors intégré à l’Empire depuis 1871. Pour la première fois, les Alsaciens-Lorrains bénéficiaient d’un statut institutionnel propre et d’un parlement local, le Landtag. Un tournant majeur dans la relation entre la région et Berlin, à une époque encore marquée par les tensions issues de l’annexion.


De territoire annexé à entité politique reconnue

Depuis le Traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace et une partie de la Lorraine avaient été cédées à l’Allemagne par la France, à l’issue de la guerre franco-prussienne. L’Alsace-Lorraine devint alors un Reichsland, un territoire de l’Empire, sans statut d’État fédéré comme la Bavière ou la Prusse. L’administration était centralisée, pilotée depuis Berlin par un Statthalter (gouverneur impérial) nommé par l’empereur.

Mais cette situation suscitait des frustrations. L’absence de représentation locale alimentait le ressentiment, tant chez les populations francophiles que parmi les élites locales germanophones attachées à l’autonomie régionale.


La Constitution du 31 mai 1911 : un compromis politique

La Constitution promulguée le 31 mai 1911 marque une inflexion majeure. Pour la première fois, l’Alsace-Lorraine dispose d’un parlement bicaméral, composé d’une Chambre des représentants élus au suffrage direct, et d’une Chambre haute nommée. Le Statthalter reste en place, mais ses décisions sont désormais soumises à une forme de contrôle politique local.

Ce changement visait à intégrer davantage le territoire à l’Empire tout en répondant aux revendications d’autonomie. L’initiative venait du chancelier allemand Theobald von Bethmann Hollweg, soucieux d’apaiser les tensions internes dans une région toujours marquée par son identité double.


Strasbourg, cœur politique du Reichsland

C’est à Strasbourg, capitale du Reichsland, que siégeait ce nouveau parlement. La ville, déjà centre administratif depuis 1871, prenait alors une dimension plus politique. Ce nouveau rôle parlementaire renforçait l’importance de Strasbourg dans la vie publique allemande, à la veille des bouleversements du XXe siècle.


Une Constitution de courte durée

L’existence de cette Constitution fut brève mais symbolique. Dès novembre 1918, avec la fin de la Première Guerre mondiale et l’effondrement de l’Empire allemand, l’Alsace-Lorraine redevient française. Le parlement local est dissous. Cependant, plusieurs aspects juridiques issus de cette période — notamment en matière de droit local (religion, sécurité sociale, etc.) — ont été partiellement conservés, et sont encore en vigueur aujourd’hui en Alsace-Moselle.

Si la date du 31 mai 1911 reste peu connue du grand public, elle constitue un jalon clé dans l’histoire de l’Alsace. Elle illustre à la fois la complexité du statut régional sous domination allemande et les tentatives d’autonomie politique avant le retour à la France en 1918.