La Ville de Strasbourg poursuit sa politique volontariste de lutte contre le sans-abrisme avec le lancement, ce lundi 14 avril, du projet « Bulles d’air« . Ce programme novateur vise à loger temporairement des familles sans domicile, dont les enfants sont scolarisés dans les écoles de la ville, dans des micro-maisons, appelées « tiny houses« . Le premier site d’implantation de ces petites maisons est situé rue de la Carpe-Haute, dans le quartier de La Robertsau.
Un besoin urgent de solutions pour les familles sans-abri
Depuis 2020, Strasbourg déploie des initiatives pour répondre à l’urgence sociale, notamment en matière d’hébergement d’urgence. Chaque semaine, entre 800 et 900 personnes dans le Bas-Rhin sollicitent le 115 pour une demande d’hébergement, dont une grande partie sont des familles avec enfants mineurs. Ce phénomène, qui touche de plus en plus de zones urbaines du pays, est particulièrement visible à Strasbourg, où les campements se multiplient, souvent sous les yeux des riverains.
La situation, bien que préoccupante, a poussé la Ville à intensifier ses actions. Dans ses missions sociales, elle intervient directement sur les lieux de vie informels, effectue des diagnostics sociaux, et s’assure que les enfants scolarisés dans la rue bénéficient d’un accueil scolaire adapté, avec des repas de cantine gratuits. À travers ces efforts, les autorités municipales ont constaté la présence croissante de jeunes enfants scolarisés, vivant dans des conditions précaires.

« Bulles d’air » : des micro-maisons pour les familles
Dans un contexte où l’État a la responsabilité de fournir un hébergement d’urgence, la Ville de Strasbourg prend l’initiative de répondre à cette crise en élargissant son dispositif d’habitat intercalaire. Ce projet s’inscrit dans une démarche plus large de réutilisation des espaces vacants, notamment des terrains et bâtiments inutilisés, pour des fins sociales.
Le projet « Bulles d’air » se concrétise par l’acquisition de cinq tiny houses, des micro-maisons conçues pour accueillir des familles avec enfants. Ces maisons, achetées auprès de l’entreprise Hekipia, seront installées rue de la Carpe-Haute, dans le quartier de La Robertsau, où elles pourront héberger les familles jusqu’en 2026. À terme, ces tiny houses pourront être déplacées et réutilisées sur un autre site, permettant ainsi de maximiser l’efficacité de ce dispositif.
Un accompagnement social sera assuré par l’association L’Etage, qui prendra en charge les résidents sur place. L’objectif est non seulement de fournir un toit, mais aussi d’accompagner les familles vers une réinsertion durable, en leur offrant les services nécessaires pour retrouver une stabilité.
Un investissement conséquent
Le coût total du projet « Bulles d’air » s’élève à 400 000 €, dont 200 000 € pour l’acquisition des tiny houses, 90 000 € pour l’accompagnement social sur deux ans, et 110 000 € pour l’aménagement et l’entretien des locaux et sanitaires pendant la même période. La Ville de Strasbourg finance à hauteur de 330 000 €, tandis que le groupe KS, par le biais du mécénat, apporte une contribution de 70 000 €.

Un modèle d’hébergement temporaire innovant
Le projet « Bulles d’air » marque une nouvelle étape dans la politique d’hébergement transitoire de la Ville de Strasbourg. Après avoir mobilisé son grand patrimoine immobilier pour des projets comme l’hébergement de Trajectoire Jean Jaurès ou l’accueil de jour La T’Rêve, la municipalité a élargi son champ d’action en mettant à l’abri plus de 120 personnes dans des appartements vacants. L’initiative des tiny houses s’inscrit dans cette logique, optimisant l’utilisation de terrains vacants et apportant une réponse innovante à une problématique sociale grandissante.
Le projet devrait ainsi contribuer à réduire la précarité et améliorer les conditions de vie des familles les plus vulnérables. Si cette première implantation à Strasbourg s’avère concluante, elle pourrait servir de modèle pour d’autres villes confrontées à des problématiques similaires.
Le projet « Bulles d’air » incarne une approche humaine et pragmatique face à la crise du logement, en mettant l’accent sur la dignité des personnes tout en favorisant leur réinsertion sociale et professionnelle. Une initiative qui pourrait marquer un tournant dans la gestion du sans-abrisme à Strasbourg et au-delà.
