L’ancien conseiller ministériel suggère que la capitale alsacienne devienne « l’épicentre de la planification militaro-industrielle européenne » dans une tribune publiée dans le journal L’Opinion

Une proposition ambitieuse pour la défense européenne

Dans une tribune publiée récemment dans le journal L’Opinion, Étienne Loos, ancien conseiller ministériel d’Élisabeth Borne et de Sébastien Lecornu, propose que Strasbourg accueille ce qu’il appelle un Pentagone européen. Cette proposition intervient dans un contexte de réarmement européen, alors que les 27 États membres de l’Union européenne viennent d’adopter un plan de défense d’une valeur de 800 milliards d’euros.

Selon Loos, qui s’est présenté aux dernières élections législatives dans la 1ère circonscription du Bas-Rhin sous l’étiquette Renaissance, Strasbourg serait particulièrement bien placée pour devenir le centre névralgique de la défense européenne, en raison de son histoire, de sa position géographique et de son rayonnement institutionnel.

Strasbourg, symbole de réconciliation et de paix

L’ancien conseiller ministériel rappelle que Strasbourg porte en elle la mémoire vivante des conflits européens, ayant changé cinq fois de nationalité en l’espace de 70 ans, entre 1871 et 1945. Cette histoire mouvementée, marquée par les conflits franco-allemands mais aussi par la réconciliation, fait de la ville un symbole puissant pour l’Europe de la défense.

« Quelle autre ville européenne peut se targuer d’avoir changé cinq fois de nationalité en l’espace de 70 ans ? » interroge Loos dans sa tribune, soulignant comment la citadelle Vauban cohabite aujourd’hui pacifiquement avec les emblèmes de l’empereur Guillaume II.

Des infrastructures déjà existantes

Étienne Loos met également en avant le fait que Strasbourg est déjà une ville de garnison qui accueille l’Eurocorps, une force militaire multinationale souvent décrite comme un « embryon d’armée européenne« . Créé à l’initiative du couple franco-allemand après la Guerre froide, l’Eurocorps compte aujourd’hui plus de 1000 soldats provenant de onze pays européens.

La ville dispose donc déjà d’infrastructures militaires qui pourraient être utilisées ou agrandies pour accueillir ce quartier général européen de la défense.

Un « Pentagone européen » aux multiples missions

Selon la vision développée par Loos, ce « Pentagone européen » aurait plusieurs missions cruciales :

  • Coordonner les armées de l’Union européenne dans les domaines terrestre, naval et aérien
  • Abriter un département dédié au partage de renseignements entre États membres
  • Héberger une task force chargée de mettre en œuvre une planification d’économie de guerre à l’échelle européenne

Cette dernière mission viserait à développer une industrie capable de produire rapidement et efficacement sur le sol européen l’équipement et les ressources nécessaires en cas de conflit.

Un contexte international incertain

Cette proposition s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par ce que Loos décrit comme « la politique du deal trumpiste » et « la menace militaire russe« . L’ancien conseiller fait notamment référence à « l’échange bouleversant entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky diffusé en mondovision« , qui aurait mis en évidence l’urgence pour l’Europe de s’émanciper de sa dépendance aux États-Unis en matière de défense.

Avec une touche d’ironie, Etienne Loos conclut sa tribune en se demandant si, dans l’hypothèse où un tel projet verrait le jour, l’administration Trump confirmerait son intention de fermer le consulat américain à Strasbourg, présent dans la ville depuis 1886.