Le Conseil d’administration de Sciences Po Strasbourg avait voté le 25 juin 2024 la suspension de son partenariat avec l’Université Reichman, en Israël, suite à des accusations graves contre cette institution. Celles-ci incluaient un soutien actif à l’armée israélienne, l’organisation de formations en communication pro-gouvernementale (Hasbara) et l’attribution d’un titre honorifique à un militaire accusé de crimes graves.
Cependant, le 19 décembre 2024, le CA a rétabli ce partenariat lors d’un nouveau vote, annulant ainsi sa décision initiale. Ce revirement a immédiatement suscité une vague d’indignation parmi certains membres de l’institution, notamment cinq enseignants-chercheurs qui ont décidé de démissionner du Conseil d’administration en signe de protestation.
Les griefs des enseignants-chercheurs
Dans un communiqué commun, Vincent Dubois, Michel Fabreguet, Valérie Lozac’h, Jérémy Sinigaglia et Nadine Willmann expliquent les raisons de leur départ. Ils dénoncent non seulement la décision de rétablir les liens avec l’Université Reichman, mais également la manière dont ce revirement a été orchestré.

Les démissionnaires reprochent au CA d’avoir procédé au vote sur une contre-motion visant à rétablir le partenariat sans que son contenu ni ses auteurs ne soient révélés. « Nous considérons que ce vote est un déni de démocratie universitaire », déclarent-ils dans leur communiqué, soulignant un manque de transparence et une impossibilité d’avoir un débat sérieux et argumenté sur le sujet.
Leurs critiques ne s’arrêtent pas là. Ils estiment que ce retournement discrédite le Conseil d’administration et, plus largement, l’institution de Sciences Po Strasbourg. Ils regrettent également que cette décision soit « de nature à exacerber les tensions » au sein de l’établissement, dans un contexte déjà marqué par des divisions internes et des débats passionnés.
Un contexte géopolitique sensible
Lors du vote initial de juin, la suspension du partenariat avait été justifiée par des faits précis concernant l’Université Reichman. Celle-ci est accusée d’avoir soutenu des opérations militaires israéliennes à Gaza, au Liban et en Syrie, d’organiser des formations en communication pro-gouvernementale pour défendre les politiques de Benjamin Netanyahou, et de célébrer des personnalités militaires controversées.
Pour les démissionnaires, revenir sur cette décision revient à ignorer ces faits. Ils s’inquiètent également des conséquences éthiques et symboliques pour Sciences Po Strasbourg, craignant que cette réintégration ne ternisse l’image de l’institution et ses valeurs fondamentales.

Un Conseil d’administration fragilisé
Avec la démission de Vincent Dubois, Michel Fabreguet, Valérie Lozac’h, Jérémy Sinigaglia et Nadine Willmann, le Conseil d’administration perd cinq figures importantes, laissant un vide qui devra être comblé par de nouvelles élections. Cette situation met en lumière un problème plus large de gouvernance, dans un contexte où la neutralité académique est mise à rude épreuve par des enjeux politiques et éthiques.
Les démissionnaires appellent implicitement à plus de transparence et à une prise en compte sérieuse des implications des partenariats internationaux.
Cette affaire, qui mêle enjeux académiques, éthiques et politiques, laisse Sciences Po Strasbourg dans une situation délicate. L’institution devra non seulement répondre aux critiques sur sa gouvernance, mais aussi s’efforcer de rétablir un climat de sérénité et de confiance. Pour Sciences Po Strasbourg, la priorité sera désormais de démontrer qu’elle peut défendre ses valeurs tout en restant fidèle à sa mission académique et démocratique.
