Strasbourg, 24 octobre 2024 — Aujourd’hui marque un anniversaire historique pour Strasbourg : le 24 octobre 1681, il y a 343 ans, la ville libre du Saint-Empire romain germanique passait sous le contrôle du royaume de France. Cet événement a marqué un tournant décisif dans l’histoire de la ville, modifiant son destin et l’inscrivant durablement dans la sphère française. Retour sur cette annexion pacifique qui a changé la trajectoire de la capitale alsacienne.

Contexte historique : la politique expansionniste de Louis XIV

À la fin du XVIIe siècle, Louis XIV, surnommé le « Roi-Soleil », s’attache à agrandir et sécuriser les frontières de son royaume. Après les traités de Westphalie (1648) et de Nimègue (1678-1679), la France était devenue une puissance continentale majeure. Cependant, les territoires à l’est, dont l’Alsace, restaient une zone d’influence stratégique à consolider pour contrer les menaces potentielles des puissances germaniques.

C’est dans ce cadre que le monarque français initie la politique des « Réunions », une série de manœuvres diplomatiques et militaires visant à annexer des territoires relevant du Saint-Empire romain germanique, mais historiquement ou juridiquement liés à des possessions françaises. Strasbourg, riche ville libre et centre commercial stratégique sur le Rhin, devint une cible majeure pour la Couronne française.

Le 24 octobre 1681 : une annexion pacifique

Le 30 septembre 1681, une armée française commandée par le marquis de Louvois et accompagnée par le maréchal de Créquy, se présente aux portes de Strasbourg. Plutôt que d’opter pour un affrontement militaire, Louis XIV propose aux autorités locales une annexion pacifique. La ville, déjà isolée politiquement et militairement au sein du Saint-Empire, finit par céder aux pressions et accepte les termes proposés par le roi de France.

Le 24 octobre, les troupes françaises entrent dans la ville sans résistance. L’événement est solennisé par une cérémonie symbolique : le roi ordonne la restitution de la cathédrale de Strasbourg au culte catholique, après plus de 150 ans de domination protestante. Ce jour marque non seulement l’intégration de Strasbourg au royaume de France, mais aussi un tournant religieux et culturel pour la ville.

Conséquences de l’annexion

L’annexion de Strasbourg a des répercussions profondes, tant sur le plan politique que culturel. Bien que l’intégration au royaume de France soit réalisée pacifiquement, elle transforme la ville. Louis XIV ordonne la fortification de Strasbourg sous la direction de Vauban, l’un des plus grands ingénieurs militaires de l’époque. Le système de défense de la ville est ainsi modernisé pour répondre aux menaces venant des puissances voisines, notamment le Saint-Empire.

Sur le plan religieux, la restitution de la cathédrale de Strasbourg au culte catholique met fin à plus d’un siècle de domination protestante. Toutefois, Strasbourg conserve une certaine tolérance religieuse, un facteur qui permet à la ville de maintenir une relative harmonie entre ses communautés catholiques et protestantes.

Un tournant dans l’histoire alsacienne

L’annexion de 1681 est un moment clé dans l’histoire de l’Alsace et de Strasbourg. Bien que la ville ait été annexée, elle a su conserver une grande partie de son autonomie locale et de son identité culturelle. Cet épisode préfigure également les tensions entre la France et l’Allemagne qui marqueront les siècles suivants, notamment lors des guerres franco-prussiennes et des deux guerres mondiales.

Aujourd’hui, Strasbourg, en tant que capitale européenne et siège de nombreuses institutions internationales, témoigne de son rôle unique dans l’histoire franco-allemande. L’annexion de 1681 reste l’un des moments fondateurs de cette trajectoire particulière, liant la ville à l’histoire de la France tout en préservant son caractère distinct.