Face à des inégalités sociales grandissantes et un taux de pauvreté qui frôle les 26%, la Ville de Strasbourg intensifie ses efforts pour une société plus inclusive. Dans le cadre du programme national « Territoires zéro non-recours » initié en 2023 par le Ministère des Solidarités et des Familles, Strasbourg a choisi les quartiers Neudorf et Musau pour déployer son projet intitulé « Droits devant », visant à réduire le non-recours aux droits sociaux.

Un territoire marqué par les inégalités

Le quartier de Neudorf-Musau, avec ses 45 000 habitants, compte deux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), dont la Cité Ampère et la Cité Risler. Ces secteurs se distinguent par une pauvreté diffuse : 18,5% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et des problématiques spécifiques telles que la monoparentalité ou le chômage sévissent. Par exemple, à la Cité Ampère, près de 40% des jeunes de 16 à 24 ans sont en situation de décrochage, ni en emploi, ni en formation.

Objectif : lutter contre le non-recours aux droits sociaux

Le non-recours aux aides publiques est un fléau largement sous-estimé. En France, il touche 34% des bénéficiaires potentiels du RSA, et grimpe jusqu’à 72% pour la Complémentaire santé solidaire (CSS). Ce phénomène découle souvent d’un manque d’information, de démarches trop complexes, ou encore de la peur de la stigmatisation. C’est pourquoi la Ville a décidé de s’attaquer directement à ces freins en développant des actions concrètes pour sensibiliser et accompagner les habitants.

« Aller-vers » : une nouvelle approche proactive

L’une des clés de ce projet est l’approche proactive de l’« aller-vers », qui consiste à aller au-devant des habitants pour prévenir le non-recours. Des actions de détection seront mises en œuvre grâce à l’échange de données entre institutions et à la création de nouveaux rendez-vous d’analyse des droits pour simplifier les démarches. Des ateliers seront également organisés pour former les résidents aux démarches numériques et les rendre plus autonomes dans l’accès à leurs droits.

Une collaboration institutionnelle renforcée

Le projet prévoit aussi de renforcer les partenariats entre acteurs locaux, avec la création d’une véritable communauté territoriale pour l’accès aux droits. Des événements, formations et forums seront organisés pour permettre aux partenaires institutionnels et associatifs de mieux collaborer. Une gouvernance collective sera mise en place pour structurer les actions, avec une attention particulière portée à l’égalité femmes-hommes, sujet cher à la Ville de Strasbourg.

Un engagement financier et humain conséquent

Le projet « Droits devant » bénéficiera d’un budget de 771 800 euros sur trois ans, cofinancé par l’État, la Ville de Strasbourg et la CAF du Bas-Rhin. Plusieurs professionnels seront mobilisés, notamment une cheffe de projet, un intervenant social, et un conseiller numérique. L’évaluation du projet sera coordonnée au niveau national, avec des indicateurs communs aux 39 territoires retenus pour cette expérimentation.

Un enjeu crucial pour l’avenir de Strasbourg

En s’attaquant au non-recours aux droits sociaux dans les quartiers les plus touchés par la précarité, la Ville de Strasbourg espère améliorer durablement la qualité de vie de ses habitants. Le projet « Droits devant » marque une étape importante dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités à Strasbourg, avec l’ambition de faire de la capitale alsacienne une ville plus juste et solidaire.