Un symbole éteint trop tôt

Depuis plusieurs jours, l’extinction de l’illumination de la cathédrale de Strasbourg à 23 heures, au lieu de l’horaire habituel de 1h du matin, suscite une vive controverse. Ce choix, initialement passé inaperçu, a rapidement provoqué une vague d’indignation parmi les Strasbourgeois, attachés à cet édifice emblématique, ainsi qu’auprès de la classe politique locale.

La cathédrale Notre-Dame, monument historique et symbole indiscuté de la ville, est un point de repère autant pour les habitants que pour les touristes. L’éteindre si tôt a été perçu par beaucoup comme une atteinte à l’image de Strasbourg. La controverse a pris une ampleur telle que la mairie a été contrainte de réagir.

© Edidi68 / X

L’explication officielle : un « incident technique »

Dans un premier temps, la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a évoqué un « incident technique » pour justifier l’extinction prématurée. Une justification qui intervient après plusieurs jours de polémique, alors que le débat public faisait rage. « Les horaires d’illumination de la cathédrale provoquent forcément des réactions, surtout quand on la montre dans l’obscurité la plus totale dès 23h, ce qui ne devrait pas se produire. Nous allons remédier au plus vite à cet incident technique », a-t-elle déclaré sur X (anciennement Twitter).

Cependant, cette explication tardive n’a pas suffi à apaiser les critiques. Pour certains élus d’opposition, l’éclairage de la cathédrale n’a pas été éteint par accident, mais bien volontairement. Jean-Philippe Vetter, élu LR, a rapidement dénoncé cette justification comme une manière de « fuir ses responsabilités ». Selon lui, cette décision est un choix politique délibéré de la majorité municipale. « En politique, on a le droit de se tromper, mais pas de fuir ses propres responsabilités », a-t-il réagi sur les réseaux sociaux.

Un débat qui dépasse le simple éclairage

Au-delà du simple incident technique, ce débat cristallise des tensions plus profondes sur la gouvernance municipale. La décision d’éteindre la cathédrale à 23 heures est perçue par certains comme le symbole d’une gestion « minimaliste » de la ville. « Tout est symbole », déclare Gérard Bouquet, sur X. « L’extinction de la cathédrale de Strasbourg à 23h est une régression philosophique d’élus pour qui le mot rayonnement est un gros mot. »

Cette extinction nocturne, jugée précoce dans une ville qui se veut capitale européenne, pose également la question de la place accordée au patrimoine dans la politique actuelle. « Strasbourg vit encore à 23h, les touristes et les habitants veulent pouvoir profiter de la ville et de ses monuments emblématiques », souligne Mathieu Cahn, ancien adjoint au maire. Pour lui, cette décision « illustre une approche municipale qui évite le rayonnement et crée du clivage là où il devrait y avoir rassemblement ».

Publicité vs patrimoine : des priorités contestées

La polémique a également mis en lumière une certaine incohérence perçue par de nombreux habitants et élus. Alors que la cathédrale est plongée dans l’obscurité dès 23h, les panneaux publicitaires lumineux, notamment ceux de JCDecaux, restent allumés bien plus tard. « EELV n’hésite pas à éteindre la cathédrale dès 23h, mais pas les publicités vidéos lumineuses. Le respect de la biodiversité nocturne semble peser moins lourd que les ressources budgétaires générées par la publicité », ironise encore Jean-Philippe Vetter.

Cette différence de traitement entre le patrimoine et la publicité a accentué la fracture entre la municipalité écologiste et une partie de la population. Pour beaucoup, la cathédrale doit demeurer un symbole de Strasbourg, visible et éclairé, surtout dans une ville où le tourisme et l’image sont des moteurs économiques majeurs.

© Jean-Philippe Vetter / X

Retour à la normale après une mobilisation collective

Face à l’ampleur de la polémique, la mairie a fini par reculer. Jeanne Barseghian a annoncé que l’illumination de la cathédrale serait rétablie selon les horaires en vigueur depuis l’été 2022. « Nous pouvons nous réjouir d’être parvenus collectivement à faire reculer la municipalité », s’est félicité Jean-Philippe Vetter, soulignant que la mobilisation citoyenne et politique a joué un rôle décisif dans ce revirement.

Malgré le retour annoncé à la normale, le débat laisse des traces. Pour les opposants à la majorité municipale, cette affaire illustre un manque de vision à long terme pour Strasbourg, ville européenne de premier plan. « Il est plus que temps de rallumer les lumières de notre ville », conclut Mathieu Cahn, dans une formule qui va bien au-delà de l’illumination nocturne de la cathédrale.

Strasbourg sort de cette polémique avec, certes, une cathédrale à nouveau éclairée, mais avec un débat politique enflammé qui, lui, restera allumé pour encore quelque temps.