Le festival de cinéma Shalom Europa, qui devait se tenir au cinéma Star de Strasbourg du 8 au 10 septembre 2024, a été annulé à la suite de pressions exercées par plusieurs associations locales. L’annonce officielle de l’annulation a été faite par Stéphane Libs, directeur des cinémas Star, dans un communiqué publié ce vendredi 6 septembre.

Une décision prise sous pression
Selon Stéphane Libs, la décision d’annuler le festival a été motivée par le désir de ne pas « ajouter de la violence au contexte sous tension et préserver les salariés et les publics. » Le communiqué souligne également que « la forme employée pour demander l’annulation du festival, à travers les réseaux sociaux et leur effet de buzz, est un danger à la tolérance, à l’échange et à la construction, car les propos circulent sans contexte. » Le directeur des cinémas Star déplore que les accusations portées contre son établissement soient « le fruit d’amalgames dangereux. »
Le festival Shalom Europa était organisé à Strasbourg depuis 16 ans et visait à montrer les diverses facettes de la société israélienne. Il avait également pour but de promouvoir le dialogue et la compréhension mutuelle à travers le cinéma. Stéphane Libs rappelle que les cinémas Star ont toujours été un lieu d’ouverture, accueillant aussi bien des festivals de films palestiniens qu’israéliens. « Cette annulation de Shalom Europa est une victoire pour certain.es, mais un échec pour tous.tes, » a-t-il ajouté.
Des réactions politiques et médiatiques diverses
L’annulation a suscité de vives réactions dans le milieu politique local et au-delà. Éric Elkouby, élu local, a dénoncé la décision sur les réseaux sociaux, déclarant : « L’annuler sous la pression d’associations islamistes est une faiblesse des dirigeants municipaux voire une preuve indéniable de lâcheté. » De son côté, Éric Vial, journaliste à France 3, a partagé un message virulent sur Facebook, qualifiant les associations à l’origine des pressions de « nouveaux nazis, » et ajoutant que « ces antisémites ont réussi, sous prétexte de ‘boycott Israël,’ à faire interdire la diffusion de films comiques, grand public, ou de films qui critiquent la politique israélienne. »
Pernelle Richardot, une autre figure politique locale, a également exprimé sa colère : « J’apprends avec colère l’annulation – sous les pressions des extrémistes et ignorants membres d’associations strasbourgeoises, du festival. […] Cette annulation est la défaite de l’humanisme rhénan au profit du totalitarisme régnant! »

Un climat de tension persistant
Les motivations de l’annulation remontent à une série d’événements tendus. L’édition prévue en juin avait déjà été repoussée pour des raisons sécuritaires, en raison des répercussions en France de la guerre entre Israël et le Hamas et des tensions relatives à la situation humanitaire dans la bande de Gaza. Des menaces anonymes auraient été reçues par téléphone jeudi dernier, obligeant la direction des cinémas à prendre cette décision.
Les organisateurs du festival se sont dits « dépités » par cette annulation, soulignant que « Shalom Europa » a toujours été un espace de dialogue culturel et artistique autour du cinéma israélien, et que sa disparition temporaire constitue une menace pour « la liberté d’expression artistique. »
Un festival de cinéma en guise de contre-pouvoir
Pour beaucoup, le festival Shalom Europa représentait un espace de débat et de découverte, offrant une plateforme unique à un cinéma israélien souvent critique à l’égard de son propre gouvernement. « Shalom Europa nous a appris que les meilleurs films pro-palestiniens ont été produits par la France et Israël, car le cinéma était un contrepouvoir à l’intérieur du pouvoir, » rappelle Stéphane Libs dans son communiqué.
L’annulation du festival à Strasbourg s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour des questions israélo-palestiniennes en France, et soulève des questions importantes sur la liberté d’expression culturelle dans une ville qui se veut être la capitale des Droits de l’homme en Europe.
